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 Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]

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Lucifer Amaiyuri
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MessageSujet: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Jeu 2 Mai - 22:06
















Remember

With or Without You by U2 on Grooveshark

Il était rare pour moi de quitter le Grimoire Ship sans rien dire à personne. En règle générale, je m'arrangeais pour confier au moins à Selena où je me rendais lorsque je devais m'absenter. Mais parfois, j'avais besoin de m'éloigner du monde qui était maintenant le mien. Je n'avais rien contre la bande de vauriens qui constituaient Grimoire Heart, loin de là... Mais devoir jouer ce rôle de Master terrifiant était parfois bien pesant. Toujours sérieux, sans jamais pouvoir rire ou sourire. Voilà ce qu'était devenue ma vie depuis ces dernières années, depuis qu'Alkaid était morte et depuis que j'étais devenu l'ennemi numéro un du Royaume. Alkaid... Qu'aurait-elle dit en me voyant ainsi ? Elle qui s'évertuait à me sortir de ma coquille du temps où nous étions élèves à Mac Anu. Je me rappelais de ces instants avec une nostalgie douloureuse qui m'étreignait la poitrine, comme si un étau de ronce se mettait à entourer mon coeur et le comprimer violemment.

Aujourd'hui, j'étais parti du Grimoire Ship sans rien dire... Pour souffler un peu. Pourquoi diable avais-je besoin de cela ? On pourrait associer ce sentiment à une appréhension quant au futur. Avec l'histoire des Regalias et les informations que nous avions eues attestant que le dernier d'entre eux serait le premier prix du Tournoi des Grands Combattants de Fiore, je sentais que les choses n'allaient pas tarder à entrer dans une phase plus critique. Sans doute aujourd'hui était-il le dernier jour paisible que je vivais avant un long moment. Voilà pourquoi j'avais quitté le vaisseau sans rien dire à personne, ne portant pas mon armure, mais mon manteau d'anonymat. Sans doute Selena allait-elle criser comme une folle en voyant que j'avais disparu. Mais je la savais capable de diriger la guilde pendant les quelques heures de cette escapade diurne. Plus que tout, j'avais besoin de me ressourcer, de me retrouver...

Pour cela, je m'étais rendu dans un endroit qui m'était familier. Au sein des Plaines de l'Espérance se trouvait un endroit secret où nous avions l'habitude d'aller, Alkaid, moi, et Celes-Sensei, pour nous entraîner, juste entre nous, loin de la Caserne. Le grand air et l'isolement de cette lande verdoyante était un cadre idéal pour laisser émerger un certain bien-être qui ne pouvait que nous être utile pour nous aider à nous dépasser. Aujourd'hui, en arrivant sur le lieu où trônait toujours le vieux bancs que nous y avions installé, même s'il était recouvert de végétation, j'eus l'impression de nous revoir tous les trois, combattant, déjeunant, riant. Oui, à cette époque, nous riions beaucoup, même si en règle général, les deux filles le faisaient à mes dépends pour voir mes réactions. En repensant à ces instants privilégiés, un léger sourire s'afficha sur la partie inférieure de mon visage, visible à la lumière du soleil.

Je me posais alors tranquillement sur le banc, les mains de chaque côté me servant d'appui tandis que je levais la tête vers le ciel. Pour la première fois depuis plusieurs années, je fermais les yeux sans me soucier de qui pouvait être là. Je baissais ma garde, pour pouvoir profiter des rayons du soleil qui réchauffaient ma peau. Je me mis à observer alors ce qui se trouvait au-dessus de moi. Un ciel magnifique, bleu, avec un soleil éclatant comme il était rare d'en avoir un, ainsi que quelques nuages aux formes les plus atypiques. Depuis quand n'avais-je pas profité de l'instant présent de la sorte, sans me soucier de mon avenir... De mon passé... Le chant des oiseaux rajoutait une note musicale plus qu'appréciable alors que les bêlements des quelques moucons itinérants venaient me rappeler ces mêmes sons des années plus tôt.


Si seulement... J'avais réussi à te protéger...

Quelques paroles prononcées à voix haute, à l'attention d'une personne qui n'était plus là. Plus que mes regrets, ces mots exprimaient mes désirs. Comme j'aurais voulu qu'elle soit là pour profiter de ce Soleil, de ce paysage, de cette journée chaleureuse. Comme j'aurai voulu entendre sa voix cristalline rompre la quiétude de cet instant, même si c'eut été pour se moquer encore de moi ou pour me provoquer. Si les choses n'avaient pas tourné comme elles l'ont faites, peut-être serions-nous tous les deux assis sur ce banc, à profiter de cette journée ensoleillée. Qui sait, peut-être aurais-je déjà été promu officier avec elle, et peut-être aurais-je déjà été père. Même si j'étais encore relativement jeune, nous vivions dans un monde où le danger était omniprésent et où notre âge était idéal pour fonder une famille. Peut-être était-ce mon imagination, mais à cet instant, j'eus l'impression d'entendre un enfant rire. Mes poings se crispèrent alors sur le bois du banc tandis qu'un dernier mot sortait de ma bouche, complétant ma phrase précédente.

Alkaid...

Ce seul nom évoquait en moi tellement de choses. De bons souvenirs, des moments regrettés que je ne pourrais peut-être plus jamais retrouver, des sentiments avec lesquels je n'étais pas familier. Pouvais-je dire que je l'aimais ? Même si c'était certainement le cas, ces émotions m'étaient totalement étrangères, trop pour que je réussisse à les reconnaître ou à les comprendre. L'amour... Étais-je seulement capable d'aimer... D'être aimé... Tellement de questions que je n'avais pas l'habitude de me poser. En temps normal, j'étais focalisé sur ma quête de vengeance, mon coeur étant trop rongé par cette haine virulente pour s'apercevoir qu'il existait d'autres émotions. Mais aujourd'hui n'était pas un jour comme les autres. Pour une fois depuis que j'étais devenu un Criminel recherché, je cessais de porter ce heaume noir, cette capuche, ou même le masque du mercenaire que je faisais semblant d'être lorsque j'étais à visage découvert. Je laissais le rideau de haine qui recouvrait mon coeur tomber, trop fatigué pour le maintenir un instant de plus. Il me fallait cette journée où j'étais sans défense, pour me recharger, avant de reprendre mon rôle comme je savais si bien le faire.

Et pourtant, qui savait ce qui allait arriver pendant ce jour si spécial...



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Johanna Célès*

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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Dim 30 Juin - 16:05
Le Chevalier Noir... En cette journée pluvieuse, Johanna, dans son bureau, affaissée sur sa chaise, à la guilde, y songeait intensément. Elle avait un dossier à rendre au plus vite, afin d'éviter de jeter du discrédit sur quelques membres étourdis, oubliant de remplir une part de leur contrat de mission. Il fallait donc employer toute sa dextérité d'écriture, tout son amour pour la guilde elle-même, pour épargner aux membres concernés, si ce n'était de subir une réduction de la récompense, une amère pénitence. Elle leur parlerait prochainement, sévèrement et sincèrement, comme elle le faisait avec habileté. Ainsi se déroulait une journée classique de Master à Lamia Scale: paperasse et remontrances. Ne soyons pas si négatifs, il fallait quelques fois remercier telle personne pour sa loyauté, faire entrer, encore que cela relevait de l'extraordinaire, un nouveau à la guilde et diverses tâches, parfois ennuyeuses. Ce jour-ci, on entendait la pluie qui ne cessait de battre contre les carreaux des deux grandes fenêtres de la vaste pièce, annexe de la chambre à coucher de la Master. La pénombre avait envahi les lieux et Johanna avait décidé de s'éclairer faiblement en utilisant deux bougies, rétrécissant à mesure de l'avancement de l'écriture de la fameuse lettre.

Rosea était arrivée à la moitié d'une lettre d'une solennité extrême, adressée à un bourgeois peu enclin à pardonner les erreurs de mages dont l'on vantait les exploits, si maigres fussent-ils. Il était délicat de prévoir la réaction de cet homme-ci, plus ardu encore de trouver les mots justes, touchant soit sa raison soit son émotivité. Ainsi, elle avait reposé sa plume et balayait du regard la pièce, comme à la recherche d'un objet... L'objet de ses pensées. De ses désirs?

De bon matin, Johanna décida de quitter la guilde, non pas en l'abandonnant à son sort une semaine entière mais quelques temps, deux jours tout au plus. En effet, la pluie s'était brusquement arrêtée de tomber, quelle aubaine ! Dans la grande salle se trouvait un mage apte à faire la commission, Rosea lui confia donc qu'elle partait s'entraîner. Lorsqu'il s'hasarda pour demander où, Johanna s'arrêta un instant, dos à lui. Elle regardait droit vers la sortie de la guilde, un peu confuse, surtout quand il demanda s'il pouvait l'accompagner. Elle fit mine de réfléchir, posa une main sur son épée, fit quelques pas en avant, levant la main droite en signe d'au revoir. Sans dire mot, elle avait franchi le seuil, refermant la porte d'entrée derrière elle, laissant un mage pantois et visiblement décontenancé par la façon de faire de sa Master. Quelques heures plus tard, toute la guilde savait ce qu'il s'était passé.

Johanna, elle, avait planifié son départ pour les Plaines de l'Espérance, histoire de s'entraîner à sa Lost Magic sans que personne ne pût venir la perturber. Après tout, quelques années auparavant, elle avait établi un endroit resté secret où il était agréable de se rendre et plus encore de se tester dans la mise en exergue de ses capacités. Personne ne connaîtrait l'endroit, elle serait seule et n'effraierait pas, ni ne dévoilerait sa précieuse magie. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas utilisée et cela la gênait terriblement. C'était comme oublier l'héritage de son passé pour ne se concentrer que sur le Kansô. C'était fermer les yeux sur la souffrance qu'elle avait vécu. C'était effacer de sa mémoire le regretté Galion. Jamais.

Pour se rendre au point convenu, elle se refusa catégoriquement à traverser le Marécage de la Putréfaction, zone trop dangereuse à son goût. Et puis, elle y perdrait sans doute énormément de temps à se sortir de bourbiers indescriptibles mêlant combats et autres frivolités. Un maigre détour s'imposait. D'abord, elle fit son possible pour entamer le voyage à pied. Johanna se sentait énergique et confiante en elle, elle n'avait pu se résoudre à emprunter un moyen de transport. En pleine matinée, lorsqu'elle pénétra dans un hameau et que sa fatigue s'imposait peu à peu à elle, elle avait pris la décision de prendre un véhicule. Mais un étonnant spectacle se profilait. A une cinquantaine de mètres devant elle, un jeune homme tendait le cou à un extrême inouï, sans courber le dos et avançant parmi une petite foule. Johanna, interpellée par une telle attitude, si ridicule qu'elle sortait facilement de l'ordinaire, s'approcha d'un peu plus près. Elle vit alors, quelque peu choquée, que cet homme plongeait son nez sans vergogne dans les plus beaux décolletés environnants. Sa façon de se tenir paraissait plus animale que toute autre et tandis qu'il s'attardait sur ces généreuses poitrines, lorsque son corps tout entier changeait de direction pour tourner à droite par exemple, il semblait que ce fut sa tête qui guidait le mouvement, effleurant dans sa maladresse le visage des personnes présentes. La foule commençait à lui lancer des bâtons, surtout après qu'il eût reniflé les pectoraux d'un homme de grande stature, visiblement irrité. La Master croyait d'abord avoir à faire avec un ignoble pervers, ayant la main mise sur une partie du hameau, sans doute trop influent pour qu'il lui fut dit quoique ce fut, à présent, elle serrait le poing face à l'incompréhension des péquenauds. Cet homme devait certainement tenir d'un être que la société avait rejeté pour ses différences, que tous haïssaient, et ce dégoût était animé par la peur de l'inconnu, par l'incompréhension croissante qui jetait son dévolu sur les villageois. Ici, il y avait injustice et matière à sauver cet étonnant jeune homme, dont la fierté était balayée par les injures proférées à son encontre.

Quand Johanna choisit d'intervenir, trois hommes en venaient aux mains. Elle courut vers l'homme au cou dressé, le potentiel handicapé pour le protéger. Elle dégaina son arme et la porta à hauteur de son visage, horizontalement. Sa position de garde était sans équivoque: cette femme savait se servir de son épée carbonée. Elle inspira la terreur et aucun des hommes ne tentèrent plus de sauter au cou du dégénéré. En une simple phrase posée et antipathique, elle prit congé de la foule, emmenant le jeune homme avec elle. Après discussion, il accepta de la rapprocher de son objectif, s'y rendre à pied était effectivement une idée farfelue. Le jeune homme se nommait Dorian et étudiait loin du hameau dans une école plutôt réputée dans les environs et, en dépit de ses tares physiques et de son comportement étrange, jouissait d'une grande intelligence. Ses propos étaient censés et, au cours du voyage, quand ils leur arrivaient de se parler l'un l'autre, Johanna dénota même un certain intérêt pour la magie. Il n'était pas fasciné, ni effrayé, simplement curieux. Il disait avec raison que la magie ne devrait être qu'un moyen et jamais une fin en soi. Chercher à en acquérir une était donc une folie d'homme qu'il ne comprenait pas. Bien que Dorian parlait la plupart du temps seul, Johanna lui répondait parfois, le plus directement et le plus brièvement possible. Quelque part, il était attachant, il suffisait de ne pas se borner à son premier ressenti et d'aller au-delà, de chercher en profondeur.

En début d'après midi, il déposa Johanna au pied d'un arbre quasi millénaire, majestueux malgré le poids des âges. En réalité, elle était à plus de deux lieues de l'endroit qu'elle désirait atteindre. De ce fait, une marche de quelques heures s'imposait. Le soleil était encore assez haut dans un ciel bleuté, qui laissait passer des nuages de formes diverses, tantôt paraissant tel un mouton, tantôt à une mouette égarée. La Master progressait à bonne allure, soulevant poussière ou évitant adroitement les flaques parsemant sa route, fruit d'une pluie diluvienne du jour passé. Elle avançait machinalement, son esprit s'égarant, ne remarquant ni les quelques caravanes la frôler ni les différents villages se succédant. Pourtant, tous se demandaient où se rendait une si belle femme, à l'air menaçant. A moins que ce n'était le fait qu'elle fût armée qui terrifiait. Elle ne portait attention qu'à peu de choses, trop peu concentrée sur sa marche.

En se rendant dans les Plaines de l'Espérance, elle se remémorait tous les trajets qu'elle avait fait avec ses élèves. D'abord Selena, élève appliquée qui ne cessait de vouloir appliquer à la réalité la singulière droiture que lui théorisait Johanna. Elle avait tout pour devenir une bonne mage, son fond paraissait sans ombre, malgré la blessure qu'elle avait reçu et ce qu'elle impliquait. Rosea s'était souvent demandée si Selena n'avait pas un petit faible pour le jeune Lucifer, lié étroitement avec Alkaid. Elle était parvenue à cette réflexion en observant minutieusement son comportement et tous les petits gestes qui avaient pu la trahir. Au cours de discussions avec celle-ci, Johanna se plaisait plutôt à lui faire remarquer que Lucifer était un jeune homme profondément vertueux, suivant ses propres codes. Elle ajoutait ensuite que cela était inestimable et qu'un homme attaché à des préceptes qu'il honorait avait pour vocation de changer ce monde, aussi modestement qu'il le pouvait. Lucifer l'avait fait, dans un tout autre sens que celui espéré par Miss Célès.





Johanna était dévorée par le souvenir de cet élève, qui venait la hanter régulièrement comme le souvenir de Galion. Dans les deux cas, elle ressentait une vive souffrance et un mal être s'emparait progressivement d'elle. Tandis qu'elle arrivait bientôt à son lieu favori d'entraînement, les remords lançaient un assaut contre elle. Elle essayait de consolider les murs de sa forteresse de froideur calculée pour repousser l'assaillant. Johanna avait subi deux gros échecs dans sa vie, avoir laissé Galion mourir et Lucifer se convertir à la haine. Master, elle s'efforçait de ne plus jamais réitérer ces erreurs, s'évertuant à intensifier ses entraînements. Elle ne voulait plus être trop faible pour protéger ceux qu'elle aimait ou ceux dont elle avait la responsabilité même partielle. Un esprit sage et illuminé saurait que chaque heure de Johanna passée à s'aguerrir était une déclaration d'amour à sa guilde, à ses anciens élèves, à Galion.

Son visage commençait à ressentir la crispation de la douleur, en plein après midi, sur les routes, dans les Plaines de l'Espérance. Son regard cherchait un point de fuite, des repères. Ses cheveux, libres de se balader, quoique affectés et soumis par les forces des esprits venteux, ne cessaient de lui empêcher la vue. Ses mains, dégagées de toute contrainte, se tordaient sous le poids des pensées, alors symboles d'une douceur extrême. Ses jambes, reflets d'une tendresse dissimulée au plus profond d'elle, obéissaient aveuglement à des ordres dictés par une tête trop embarrassée par de pesantes souvenances. Et comme souvent, lorsque le corps ploie sous la très haute autorité de l'esprit et que la solitude paraît, Johanna n'avait qu'une solution pour se dégager d'une situation menant à une dépression assurée, le chant. Ralentissant la marche, ses pas marquant le rythme, elle avait inspiré profondément et débutait sa chanson. La pureté de sa voix aurait ému plus d'un et seul le chant lui permettait de revêtir pareille robe. Sa souffrance s'y lisait aisément mais elle n'avait que faire, il n'y avait personne dans les environs puisqu'elle parvenait enfin à un endroit caché dont peu jurait l'existence. Un petit coin où l'air était frais et dégagé de lourdeur. Elle poursuivait son chant, se sentant plus légère au fur et à mesure, écoutant avec attention les musicalités de la nature environnante. Elle entendait le clapotis de l'eau, provenant d'un cours proche, le bruissement des feuilles de quelques hêtres solitaires et un air que sifflait un oiseau bigarré, perché dans de basses branches, suivant peu ou prou le chant entonné par la délicate Johanna.

Une parole vint pourtant interrompre cette quiétude ambiante. Une voix s'était élevée sur sa gauche, trop familière. Peut-être trop lointaine... non pas pour sa distance mais pour l'époque durant laquelle elle avait pour habitude d'entendre cette voix quotidiennement. Elle s'arrêta instantanément. Rosea savait que cet homme était Lucifer, ou bien un être l'imitant à la perfection dans sa tonalité, jusqu'à connaître la personne même d'Alkaid. Elle aussi avait été une personne attachante, accompagnant Lucifer lors de ses entraînements jusqu'en ces lieux. Elle riait beaucoup, Johanna aussi. Et même si elle s'en rappelait avec émotion, rien ne transparut sur son faciès. Elle était juste perdue. Elle avait cherché Lucifer avec tant d'ardeur, songeant à le ramener à la raison et il était tout près d'ici, à l'endroit même où ils avaient partagé leur passé.

Elle eut soudainement à l'esprit qu'il avait dû très certainement l'entendre pousser la chansonnette, ce qui ne l'aiderait pas à se sentir plus à l'aise en sa compagnie. Elle en avait déjà gros sur le cœur. La Master inspira, en fermant les yeux, son visage paraissant extrêmement serein, attendit quelques instants avant de pousser un bref soupir.

Quand tout ceci fut fait, elle prit son courage à deux mains et s'avança d'un pas vif vers Lucifer. En effet, elle ne s'était pas trompée; il avait été trop difficile pour elle d'oublier sa voix, venant la torturer dans ses pires cauchemars. Il était assis sur un banc, fabriqué par le trio de l'époque. Et même si le bois avait un triste aspect vermoulu, un sourire apparut chez Johanna. En réalité, une immense joie la submergeait, elle retrouvait l'une des personnes qui avait le plus compté pour elle, sans qu'elle ne s'en était réellement jamais rendue compte. Ses joues rosirent sans qu'elle n'y put faire grand chose. Espérant secrètement qu'il ne le remarquerait pas, elle s'avança vers l'homme portant trop négligemment un manteau d'anonymat. Johanna l'avait reconnu de sa seule voix. Quand elle eut fait encore quelques pas à son encontre, elle tenta de réordonner d'une main sa chevelure, rendue chaotique par son voyage. Elle abandonna une vingtaine de secondes plus tard, haussant légèrement les épaules et adressant un maigre sourire au jeune homme. Autant éviter de passer pour une précieuse plus longtemps. Elle aurait pu s'étonner en lâchant un sonore
« Lucifer! » mais elle n'avait rien fait, elle restait plantée là, sans dire mot.

Johanna était silencieuse comme à son habitude, les mains posées contre ses jambes nues, celles-ci serrées l'une contre l'autre. Elle aurait aimé le prendre de haut et lui lancer des piques d'humour, comme au bon vieux temps. Hélas, elle ressentait qu'un fossé s'était creusé entre eux, elle ne parvenait plus à redevenir la Senseï, sévère et juste. Elle était simplement, à ce moment précis, une jeune femme décoiffée et armée. Était-ce dû à la haine qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait su toute l'histoire? Et quoique celle-ci était encore présente lors de ce déroutant face-à-face, elle n'était pas allée jusqu'à lui lancer des regards noirs ou encore pis, à tirer l'épée. Elle se contentait seulement de l'observer avec un visage que l'on pourrait qualifier « d'entr'ouvert », un sourire forcé et un regard juste inquisiteur.

Si Lucifer ne se lançait pas dans quelque action, ce n'était pas Rosea qui allait le faire. Elle était complètement passive.


Spoiler:
 
Lucifer Amaiyuri
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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Mar 9 Juil - 21:39

Calm

Carnival of Rust by Poets of the Fall on Grooveshark

Sous le ciel bleu des Plaines de l'Espérance, je restais assis paisiblement sur ce banc en piteux état, laissant mes pensées vagabonder au gré de mon humeur. Mais malgré ce temps magnifique, mon humeur était on ne peut plus mélancolique. En regardant devant moi, j'avais des visions de l'époque où je m'entraînais en ce lieu avec Alkaid et Johanna. Et plus je me perdais dans les limbes de mon passé, plus je sentais ma poitrine me faire mal. Plus la voix d'Alkaid, son rire, son sourire, sa manière de marcher, me revenaient à l'esprit, et plus je ressentais cette douleur lancinante s'accentuer. En serrant mon manteau d'anonymat à l'endroit où se tenait mon coeur, comme pour essayer de me l'arracher, j'esquissais une grimace de douleur.

Certains disent qu'avec le temps, tous les souvenirs sont bons. Mais dans ce cas précis, je me maudissais de pouvoir me rappeler avec exactitude tous les détails de mes jours passés. J'aurais mille fois préféré être amnésique que de sentir ce vide en moi, comme un gigantesque cratère, s'effritant de jour en jour, lentement mais sûrement, pour devenir toujours de plus en plus grand jusqu'à me réduire en poussière entièrement. Aurais-je voulu changer le passé pour ne jamais connaître Alkaid ? Parfois, j'étais convaincu que oui. Cette blessure que je portais constamment en moi me faisait parfois si mal que j'avais déjà souhaité ne jamais avoir connu la jeune femme. Depuis qu'elle avait disparu, les choses comme les sentiments, l'intérêt pour la gent féminine, m'étaient devenus inaccessibles. Cette profonde entaille dans mon âme avait sectionné les nerfs qui transmettaient ce genre d'information, renforçant en revanche ceux portés sur les sentiments néfastes tels que la haine et la colère.

Même si j'étais actuellement calme, immobile, avec un regard maussade, on pouvait sentir, pour peu que l'on me connaisse, qu'intérieurement, je bouillonnais d'une colère aussi ardente que le magma qui circulait sous terre. Regardant ma main gauche, je serrais celle-ci avec force, maudissant ma propre impuissance. Ce fut à cet instant qu'une voix cristalline s'éleva dans les airs, me tirant de mes pensées, mais me plongeant à nouveau dans une nostalgie déconcertante. Je connaissais ce timbre de voix, même si avec du recul, il me semblait aujourd'hui bien moins franc, bien moins coloré et vivant que jadis. Mon nom retentit à côté de moi, et alors que je tournais la tête, j'aperçu celle qui avait été autrefois ma mentor... Mon amie...


Sensei...

La bouche entre-ouverte, légèrement hébété sans pour autant avoir l'air stupide, je fixais la jeune femme devant moi. Ses cheveux rosés étaient légèrement plus longs qu'autrefois, et sa silhouette nettement plus féminine. Depuis combien d'années l'avais-je perdu de vue... Ou plutôt, depuis combien d'années m'étais-je détourné d'elle et de la voie que nous avions promis d'arpenter tous les trois, elle, moi et Alkaid ? En repensant à mes choix, pendant un bref instant, à tout ce que j'avais fait depuis la mort de ma partenaire et amie, je baissais alors la tête, ma voix portant alors sur un ton ironique, mais dont il était facile de sentir la fausseté, comme si l'amusement qui en ressortait était feint, pour cacher les véritables émotions qui se trouvaient derrière mes mots.

Je n'ai plus vraiment le droit de vous appeler comme cela maintenant n'est-ce pas... Pas après tout ce qui s'est passé...

Joignant mes mains en croisant mes doigts, laissant mes coudes se reposer sur mes cuisses tandis que je fixais le sol, détachant mon regard de celui de mon ancien mentor, je laissais un soupir ironique jaillir de ma bouche au même moment. Avais-je ne serait-ce que le droit de lui adresser la parole ? Moi qui, autrefois, avais fait la promesse de faire en sorte de guider ce monde vers un chemin plus sûr où il deviendrait impossible de craindre pour sa vie ou celle de ses proches... J'étais maintenant l'une des personnes qui faisait naître ce même sentiment de peur pour sa vie. A l'heure actuelle, face à Johanna, je n'avais esquissé aucun mouvement offensif, mais surtout aucun qui soit défensif. Ma garde était complètement ouverte. Pourquoi agissais-je ainsi ? La réponse, même si j'essayais de la cacher, transparaîtrait peut-être dans mes mots.

Me cherchiez-vous... Pour me tuer, vous aussi ?

Je ne savais pas moi-même quoi penser de mon attitude et de mes paroles. Désirais-je que la jeune femme sorte son arme et ne fasse rouler ma tête à ses pieds ? La revoir ainsi devant moi avait provoqué une vive douleur, plus grande encore que précédemment, dans ma poitrine, comme si les quelques cicatrices guéries au milieu de la plaie béante qu'était mon âme, venaient de s'ouvrir et de s'écarter un peu plus. Ne pas me mettre en position défensive, avoir un ton des plus mélancoliques et résigné... Peut-être espérais-je cette issue... Je n'aurais su le dire, la douleur que je ressentais, bien qu'il n'en transparaisse rien extérieurement, était si grande que je n'arrivais plus à penser à autre chose. Me connaissant depuis plusieurs années, peut-être la jeune femme devinerait-elle tout cela... Restait à voir ce qu'elle comptait me répondre ou faire...



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Johanna Célès
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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Ven 31 Jan - 11:57













❝ Des retrouvailles... ❞
« feat Lucifer Amaiyuri »




Le nom du monde était souffrance. Au prix d'un terrible effort, en croisant le regard renfrogné de Lucifer, c'était comme si je rampai jusqu'à un arbre proche, utilisai l'ultime parcelle de mes forces déclinantes pour m'y adosser, fermai les yeux. Les rouvrit. C'était comme si ma vision était devenue floue, baissait de plus en plus. Celle qui irradiait de mon corps ensanglanté n'était rien. Même si ma vie s'écoulait de la plaie hideuse barrant mon dos. Celle de la trahison était accessoire. Qu'avais-je imaginé ? Que les monstres pouvaient s'amender ? Celle du rapt était insoutenable. Peu importait que je sois moribonde, peu importait que celui qui se retrouvait face à moi était celui que tout le monde jugeait coupable. J'hurlai son nom dans le silence. Mon murmure s'étouffa dans mon esprit. Je restai silencieuse, voulu porter ma main à son visage, renonçai. Visage trop loin. Main trop lourde. J'avais la certitude que mon corps allait exploser. Qu'une monstrueuse vague de douleur allait déferler en moi. Avant de refluer avec la même brutalité. Je me sentais vide. Un vide infini. J'avais fermé les yeux. Non que j'eus envie de m'endormir mais parce que la mine de Lucifer m'avait fait revivre des moments de mon passé. Alors que je n'éprouvais plus aucune douleur, que mes doigts devenaient gourds, que la notion même de sensation physique m'avait quitté, Lucifer débutait la conversation en m'appelant « Sensei ». Des prunelles plissées durant cette prononciation. Un plongé de souvenir. Je m'accrochai à cette ultime perception, étrange pivot autour duquel je tentai de reconstruire une pensée cohérente. C'était à mes quinze ans que j'appris à faire partager mon savoir-faire. Je lui avais appris l'harmonie, l'art du combat et celui du silence. Je levai les yeux vers le ciel. Le vent, apaisé, me caressa le visage en balayant ma chevelure rosée afin de me faire réagir :

Maître et élève sont liés pour l'éternité. Nous nous sommes séparés, mais une partie de nos âmes reste mêlée. Un jour, alors que tu grimperas les vents les plus purs, mes cendres seront répandues. Mais même la mort ne nous séparera pas. Je continuerai à marcher dans l'ombre sur la voie à tes côtés.

Mes prunelles stagnaient dans le noir ne voulant pas se montrer face à ses opposants. Mes mots jaillirent de ma mémoire. Pourquoi cette phrase me revenais à cet instant précis ? Je serrai les mâchoires et rouvris les yeux. Je l'avais abandonné et maintenant je le retrouvai, qui lui, Lucifer, était persuadé que j'étais revenu pour mettre fin à ses rêves, mettre fin à son univers, mettre fin à sa vie. Il n'y avait pas de réelle discussion entre nous deux, juste un vent frais qui balayait nos visages. Je tentai de retrouver mes mots, pouvoir m'exprimer correctement. « Parle lui » me disait mon esprit. Mais comment parler à quelqu'un que tu avais lâchement abandonné ? Pour qui tu étais prête à tuer si le Conseil te le demandait ? Regret.

Je ne t'ai jamais empêché de partir. Tu savais bien que je ne pouvais pas me retourner face au Conseil. Je savais bien que tu n'étais pas le coupable. Et cesses de palabrer de façon négative, si j'avais l'intention de te tuer, je l'aurai déjà fait depuis longtemps...

Je me fondis dans le vent, acceptant la force pleine des bourrasques et le vide des creux entre les rafales. Je me mêlai au jeu brutal des tourbillons et caressai la complexité des accalmies entre nos monologues. Ouverture. Il avait été incapable de discerner quoi que ce soit dans le regard que j'avais posé sur lui. Alors qu'auparavant cette attitude l'aurait désorienté, troublé, peut-être blessé. Il était devenu un homme maintenant, un homme ténébreux... Un homme qui s'était désormais caché dans l'ombre du regard des autres... Un homme cherchant vengeance. Complémentarité parfaite du Maître et de l'élève arpentant ensemble la même voie mais dans une direction différente. Si loin et pourtant proche. Il avait atteint la branche que je lui avais désignée et s'y avança, bras écartés pour assurer son équilibre, sans manifester d'hésitation. Grand, élancé, il était solidement bâti et, si les années élargiraient encore ses épaules et offriraient du volume à son torse, il faisait déjà preuve d'une belle prestance.

Nous devons juste nous efforcer de progresser. En réfléchissant à ce qui nous entoure, en acceptant de changer, tout en demeurant nous-mêmes. Tu es devenu un homme accompli maintenant...


Le vent avait tourné et charriait de lourds nuages gris en provenance du sud. Une pluie fine se mit à tomber, noyant le paysage sous un rideau liquide. Des gouttes d'eau se collèrent aux pointes de ma chevelure avant de s'écrouler au sol. Je me souvenais des grommellements furibonds de Lucifer qui me ravissaient quand il s'entraînait. Ils avaient redoublé depuis ce jour. Je levai ma tête pour offrir mon visage à la pluie. Dans les gouttes qui s'écrasaient sur mes joues, les feuilles détrempées qui jonchaient le sol, les nuées qui s'enroulaient dans le ciel, la brume qui s'élevait au-dessus de la caverne. Dans la fluidité de mes gestes, l'acuité de mon regard et le rythme paisible de mon cœur. Dans la vie nouvelle qui palpitait au creux de mon ventre. Une rafale de vent frais s'engouffra. J'avais cette envie de m'approcher de lui, d'offrir mes bras afin de le ceinturer et de le réchauffer comme un enfant. Que je pouvais savourer au moins le goût de la plénitude, le rassurer que j'étais toujours ici, que je pensais toujours à lui... Mais la seule chose que j'étais capable de faire... c'était de lui tourner le dos...

Je me rappelle encore de ces journées de pluie où les frissons régnaient sur nos corps. Ces journées hivernales... « La force est partout. Dans le déferlement de la vague comme dans la caresse d'une goutte d'eau, dans la puissance de la foudre comme dans la lueur d'une bougie, dans la clameur de la tempête comme dans le murmure de la brise. » te souviens-tu de cette phrase ? Je suis fière de ce que tu es devenu aujourd'hui, que ce soit du côté du mal ou du bien. Je suis fière de toi Lucifer... Je suis fière de... toi...

Mes mots s'atténuèrent, la stalagmite de mes prunelles craqua sinistrement en versant quelques larmes sur le sol. Elles étaient camouflées par la pluie et camouflées puisque j'étais de dos. Étrange sensation d'être en mouvement alors que je ne bougeais pas, de percevoir bruits et odeurs alors que mon cœur avait cessé de battre, de sentir la caresse de l'eau alors que le sang ne coulait plus dans mes veines, de se croire encore Sensei alors que je ne l'étais plus... Souvenir...

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Lucifer Amaiyuri
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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Sam 1 Fév - 16:36
Sorry


Who Wants To Live Forever by Queen on Grooveshark

J'avais commis l'un des plus grands péchés de ce monde, pour nous autres, chevaliers. J'avais tourné ma lame à l'encontre de mes frères d'armes. En voyant Johanna ainsi, le flot de souvenirs qui déferlait dans mon esprit s'amplifia. Je revoyais tantôt les moments les plus heureux de mon existence, me tenant ici, avec elle et Alkaid... Tantôt les pires instants, tenant Alkaid dans mes bras, abattant ma lame contre des camarades que j'avais autrefois sauvés, qui m'avaient rendu la pareille. Même si j'agissais toujours avec un certain sens de la chevalerie, pouvais-je encore me considérer ainsi ? Pouvais-je encore me considérer comme l'élève de l'une des plus grandes Chevaliers Runiques de notre ère ?

Même si ma conviction et ma quête de vengeance ne faiblissaient pas, même si ma colère ne s'atténuait pas, je ne pouvais m'empêcher de ressentir de la culpabilité en me trouvant face à Johanna. La jeune femme me répondit avec un air tout aussi mélancolique que le mien. Je n'arrivais pas à la fixer dans les yeux... Trop de souvenirs douloureux car heureux remontaient à la surface. J'avais peur de m'effondrer sur moi-même si jamais nos iris venaient à se croiser. Les mots de Roséa résonnèrent cependant dans tout mon corps et toute mon âme. Le lien qui nous unissait était de ceux qui demeuraient inaltérables. Tels de fines cordes qui s'entremêlaient, nourries par le respect, la haine ou encore l'amour, nos destins étaient de ceux qui ne pouvaient exister l'un sans l'autre. Les péchés que je portais, elle les portait avec moi. Sans doute se sentait-elle coupable vis-à-vis de ce que j'étais devenu, de ce que j'avais fait... Mais rien n'aurait pu l'empêcher. Inconditionnellement, la perte d'Alkaid avait scellé mon destin.

Les mots de la Master étaient cependant tout aussi empreints de pessimisme que les miens. Je relevais brusquement la tête en l'écoutant parler du fait qu'il y ait de fortes chances que je lui survive. A travers ces mots, je sentais ce même poids, ce même fardeau, cette même culpabilité qui m'habitait depuis des années, vis-à-vis des personnes que j'avais aimées lorsque j'étais encore "respectable"... Lorsque je pouvais encore arpenter les chemins de ce monde à visage découvert. Et sentir que Célès portait aussi ce poids le rendait encore plus pesant sur mes épaules. Mais avant que j'eusse le temps de lui répondre, la jeune femme à la chevelure rosée reprit la parole.

Ses mots me rassurèrent légèrement. Elle avait toujours en elle cette confiance qui lui donnait un charisme non-négligeable. A dire vrai, si l'on parlait en terme de capacités, actuellement, elle n'aurait pas eu la moindre chance en l'état face à moi. Mais les faits étaient tout autres. Face à un adversaire qui n'a pas envie de combattre, la puissance pure ne signifie rien. Johanna était expérimentée et la moindre ouverture lui aurait été profitable, qu'il s'agisse d'une erreur tactique ou d'un moment d'absence, dû à ma nostalgie ou de l'hésitation.

Finalement, le ciel bleu laissa place à d'imposants nuages noirs. Le tonnerre gronda légèrement, avant que la pluie ne se mette à tomber sur nous deux et sur la plaine. Malgré tout, c'était comme s'il ne se passait rien pour moi. Mes yeux fixaient toujours le sol, puis Johanna de temps en temps avant de détourner le regard. J'étais trop concentré sur mes pensées, sur ce que je voulais dire, sur le fait de trouver la force de le faire, pour prendre en compte un événement aussi succinct que la météo. Roséa me tourna alors le dos avant de continuer à me parler d'une voix de plus en plus faible, comme si exprimer ce qu'elle ressentait profondément en elle l'exténuait... Comme si puiser la force de trouver les mots à poser sur ses émotions était éprouvant... Encore une épreuve que j'infligeais à la jeune femme.

Les mots qu'elle prononça suffirent cependant à me faire vaciller, l'espace d'un instant. Ce coeur que j'avais enterré profondément en moi, cette âme et cette humanité que je m'étais évertuée à cacher pour ne plus rien ressentir, cognaient tous deux avec frénésie à l'intérieur de mon corps pour se faire entendre. Moi qui avais eu comme peur de décevoir et faire honte à celle qui m'avait tout appris, je devais avouer que l'entendre clamer sa fierté, bien que d'une voix triste, me faisait sentir un peu plus vivant que d'habitude... Comme si une faible lueur venait d'éclairer l'obscurité qu'était mon quotidien. Il ne s'agissait certes pas d'une explosion éblouissante, mais d'une lumière fragile, qui tiendrait dans le creux de la main, et que l'on désirait protéger des ténèbres environnantes.

M'avançant lentement vers elle, alors que je ne voyais que son dos légèrement dénudé par sa tenue, ainsi que sa chevelure qui, de par le fait d'être ainsi trempée par la pluie, lui donnait un côté sensuel, je finis par poser mes mains sur ses bras, d'une étreinte douce, comme si j'avais peur de lui faire mal, comme si elle était faite d'une porcelaine fragile. Posant mon front contre son dos, seuls quelques mots émanèrent de ma bouche, avec une voix presque cassée, rongée par le remord.


Désolé... Je suis... vraiment... désolé...

Pourquoi m'excusais-je ainsi alors que la jeune femme m'avait dit qu'elle était fière de moi ? Parce que je savais que derrière ces mots se cachaient des tourments qu'elle avait dû affronter seule. Être lié à celui qui était désormais l'ennemi numéro un du royaume avait dû lui apporter son lot d'ennui, de troubles et de solitude. Même si elle me disait que cela n'était rien, jamais je ne pourrais effacer cette culpabilité que je ressentais vis-à-vis d'elle. Le front contre sa peau, mes mains sur ses bras... Cela faisait une éternité que je n'avais pas eu un tel contact avec quelqu'un... Que je ne m'étais pas laissé aller à la sentimentalité. Complètement désarmé, garde grande ouverte, je sentais une larme couler le long de ma joue droite alors que je tenais ces mots. Tremblant, finalement, peut-être étais-je encore un peu humain, contrairement à ce que la légende disait... Contrairement à ce que je croyais...



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Johanna Célès
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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Sam 1 Fév - 18:02













❝ Une froideur... un contact... ❞
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Observation. Observer du coin de l’œil les mouvements de son opposant. Pouvoir sentir sa froideur, son renouveau... Il avait changé depuis la première fois où je l'avais rencontré. Ce n'était plus un adolescent exubérant au corps en devenir mais un homme solide, aux épaules larges et aux gestes assurés. Sa musculature colossale se dessinait avec précision sous la peau sombre de ses bras recouverts d'une armure ébène. L'essentiel n'était pas que je l'accepte à nouveau comme un élève mais qu'il continue à se considérer comme mon élève. Et à progresser, toujours... toujours plus... La clameur de la pluie était si bruyante que je ne l'entendais même pas venir derrière moi. Il me prit mes bras, sans mon autorisation, me les vola avec tendresse et colla son front contre le contact de ma peau. Contre cette peau qu'il avait connue parfois de couleur ensanglantée, parfois remplit de sueur suite aux entraînements... Cette peau a la couleur de la neige, à la douceur d'une plume blanche. Inspiration profonde. Mains qui montent, s'écartent, paumes tournées vers le haut. Expiration. Longue. Mains qui reviennent vers le centre. Inspiration. Immergé dans la gestuelle, je sentis sauter en moi un ultime verrou. Je m'oubliai pour m'ouvrir à l'univers et, en m'ouvrant, je me redécouvris. Une silhouette fine se glissa à mes côtés sans que le rythme de sa respiration ne marque la moindre variation. Mes gestes se calquèrent sur les siens. J'avais souffert autant que lui et cette souffrance commune avait contribué à la solidité du lieu qui nous unissait.

L'herbe avait encore gagné en vivacité, comme si elle se nourrissait des perles d'eau que versait le ciel. Un silence écrasant régnait entre nous deux, aucun de nous deux n'osait bouger, comme si le moindre mot, le moindre geste avait été susceptible de faire voler en éclats le miracle en cours. Je me battais pour tenir ma tête droite. Combat chaque seconde plus difficile et dont l'issue ne fait aucun doute. Je me battais afin de lutter face à l'étrange aigreur que m'apportait Lucifer. Le silence dense était déployé, régnait toujours entre nous, nous liant au sein d'un tranquille équilibre. Un silence que Lucifer finit par rompre, à regret, peut-être. Des excuses... J'effleurai de la main la joue de mon ancien élève qui frissonna tout en me retournant afin de le voir, certes plus haut que moi, mais je le regardai. Mes prunelles s'étaient posées sur les siennes, si intense que j'en oubliai instantanément notre discussion. Derrière l'éblouissante jeune femme qui en imposait aux plus aguerris des guerriers, je percevais Lucifer qui continuait toutefois à voir la fillette que j'avais été. Je souriais. Je lui redressai sa tête, caressai sa joue droite par le biais de mon index, frissonnai rien qu'en pensant que je touchais celui qui faisait craindre tout le pays de Fiore. Souffle vert d'inquiétude imprégné par la sinistre réputation d'être un Maître de Guilde Noire fendant la sombre identité... Tant de choses se bousculaient dans le simple souffle d'une brise fugitive. Était-il possible que j'étais à ce point aveugle de la présence de Lucifer ? C'était vraiment lui . Oui... Un être sensible... Qui ne cachait qu'une enveloppe au-dessus de lui.

Ne t'excuses pas...

Sensations fugaces, perceptions éphémères de ce qui peut être mais n'est pas forcément, émotions et non certitudes. Mon âme battant de lentes et paisibles pulsations, je ne bougeais pas. Je ne cherchais pas à comprendre ce qui m'arrivait. Je marchai légèrement à l'inverse de lui, mon épaule droite toucha légèrement son épaule gauche, je glissai alors un regard oblique et affaiblis avant de lui dire d'un ton émouvant :

Je m'en veux de te voir comme ça... Je n'ai pas pu te rendre assez fort pour lutter contre le Mal... Je m'en veux...

Encore une culpabilisation de ma part. Encore un regret. Encore une impuissance... J'avais froid, j'étais glacé, mais je ne le montrais pas. Autant intérieurement qu'extérieurement. La lune gibbeuse se reflétait sur nos tuniques. Le tressaillement qui agitait mes lèvres disparut, mes épaules se relâchèrent. Ma respiration s'apaisa. Une question me tourbillonna l'esprit : « est-ce raisonnable de s'attacher aux gens alors qu'à tout moment ils pouvaient vous être arrachés ? ». La volonté inflexible qui me poussait à ne m'accorder aucun répit, à traquer le moindre signe de faiblesse de la part de mon opposant, à travailler jusqu'à l'épuisement, m'éloignait peu à peu de moi-même. Mon esprit demeurait tranquille, jusqu'à ce que Lucifer se montra vulnérable. Ce fut comme si le soleil ne s'était jamais levé. Sous les épaisses frondaisons, l'obscurité était reine. L’œil exercé de Lucifer repéra toutefois les quelques souvenirs d'Alkaid dans la caverne, je le voyais, ses yeux n'étaient plus dans une lueur de rouge. Je me souviens encore de ce cri lancinant qui monta dans les aigus jusqu'à atteindre une note insoutenable avant de décroître et de s'éteindre sur un gargouillis écœurant. Alkaid...

Pourquoi insistes-tu de vouloir incarner le mauvais ? Lucifer... Redresse-toi. Le passé reste le passé, il est modifiable en te basant sur le présent afin d'avoir un meilleur futur.

Il était peut-être encore temps de changer Lucifer. Le sol spongieux était recouvert d'une épaisse couche de liquide. Des petites feuilles vernissées, dans mes paroles, se versèrent à nos pieds. Nos regards se croisèrent, soudés et renforcés... Mais changés par des ajouts de sentiments.


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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Ven 7 Fév - 21:38
Late


Je ne pouvais me résoudre à soutenir le regard de Roséa. J'avais peur d'y trouver une souffrance dont j'étais le seul et unique responsable, moi qui avais à jamais ébranlé sa confiance en autrui, en elle-même. Je craignais d'y voir également des reproches, ou de l'amertume la poussant à me cacher celle-ci. Ce qui est dit est parfois douloureux, ce qui est tu l'es un millier de fois plus. Je sentais mon coeur se serrer à chaque mot prononcé par la Master de Lamia Scale qui avait été pendant longtemps l'une des personnes comptant le plus pour moi.

A nouveau, la jeune femme exprima des regrets dont j'étais le seul et unique responsable. Ma situation lui avait posé un cas de conscience difficile, la torturant chaque jour. Avait-elle fait le bon choix en m'apprenant à me battre ? Avait-elle fait tout ce qui était en son pouvoir pour m'empêcher de suivre le chemin de la destruction ? A ces paroles, il n'y avait qu'une seule réponse possible. Réponse que j'entrepris d'expliquer à la maîtresse du Temps avec des mots sincères, qui sortaient de ma bouche sans être déformés par une quelconque volonté de la manipuler. Ce que j'exprimais était le plus sincère du monde, des mots venant de mon coeur et sans aucune intention néfaste.


Vous n'avez pas à vous en vouloir Senseï... Ce qui est arrivé n'aurait pu être évité. On m'a arraché la lumière qui me permettait de sourire. Ce que je suis devenu... N'est en rien votre faute. C'est sans doute grâce à vous... Que je suis encore en vie aujourd'hui... Que je n'ai pas abandonné l'idée de rester en vie... Tout comme le père d'Alkaid.

Alors que je tenais ces mots et que la jeune femme passa à côté de moi, je baissais la tête, observant ma main gantée, la serrant, comme pour me confirmer la présence de cette volonté de vivre, de cette volonté de me battre contre ce qui me dévorait de l'intérieur. Avais-je cédé aux Ténèbres pour n'être qu'un instrument de destruction ? A en croire les paroles de Johanna, c'était l'idée que l'on avait de moi. Un être décrit comme violent, cruel... Un véritable démon sur les champs de bataille. Les histoires à mon sujet étaient légions depuis ma rébellion. Parfois même, ma "légende" me dépeignait de manière totalement déformé, disant que je mesurais plus de trois mètres, que je manipulais une épée comparable à une montagne, ou que mon simple regard suffisait à faire brûler mes adversaires. Des absurdités. Dans le monde souterrain et au sein de Grimoire Heart, tous connaissaient ma véritable nature, à défaut de connaître mon visage. J'étais peut-être un mage noir, un ennemi du Conseil Magique... Mais j'étais toujours chevalier. Je n'avais pas trahi mon serment de protéger les innocents, punissant sévèrement toute exaction de la part de mes hommes.

Mais j'étais le Black Knight... Un être dont la colère pour générer un torrent de lames infernales ayant pour but d'engloutir tout individu qui aurait l'audace de m'empêcher d'accomplir mes desseins. Tout innocent se voyait protégé de ma lame, du moment qu'il ne brandissait pas la sienne contre moi ou mes camarades. Il était amusant de voir qu'en ce sens, j'étais toujours décrit comme étant "le diable" par tous les magazines d'information du Royaume de Fiore. Ce monde allait-il si mal que cela pour que l'on considère quelqu'un de droit comme un criminel, en laissant ceux qui causent la mort de personnes innocentes, de personnes de valeurs, de principes, pour servir leurs propres intérêts. Cette idée ne fit que renforcer ma détermination à changer les choses. La pluie tombait toujours alors que Johanna m'avait posé cette dernière question, espérant que je change de voie... Mais il était déjà trop tard pour moi. Me tournant vers elle, je tendis la paume de ma main vers les cieux, avant qu'une déferlante de puissance magique n'émane de mon corps sous la forme d'une colonne obscure translucide. Cette émanation de pouvoir mauve et noir fut assez violente pour dissiper les nuages se trouvant au-dessus de nous, perçant les cieux et faisant immédiatement cesser la pluie. Baissant ma main et fixant Johanna, je m'adressais à elle sur un ton toujours aussi nostalgique, mais empreint d'une curiosité triste.


Trouvez-vous véritablement que j'incarne le Mal Senseï... Je me bats non pas pour changer ce passé, même si je le ferai sans hésitation si j'en avais le pouvoir... En échangeant ma vie avec celle d'Alkaid. Mais je me limite à mes possibilités. Ce monde est malade, rongé par la corruption et le vice de ses dirigeants. Si je dois passer pour un démon comme Zeref avant moi, afin de détruire les responsables et soigner ce monde... Alors j'accepterai ce fardeau sans la moindre hésitation. Contrairement à ceux qui vous asservissent et à qui vous avez juré allégeance... Je n'ai pas peur de sacrifier ma vie pour le bien des innocents... Ni même mon âme.

En tenant ces mots, je portais mes mains sur les bords de ma capuche, avant de la retirer d'un coup sec, dévoilant mon visage à la Master de Lamia Scale. Des iris écarlates, des tatouages de la même teinte, contrastant avec ma chevelure d'un blanc immaculé qui changeait radicalement de l'apparence que j'avais autrefois. Johanna pouvait voir les effets que la Magia Erebea avait eu sur moi, assombrissant mon teint, éclaircissant mon épaisse tignasse, changeant la couleur de mes iris. Pouvait-elle toujours croire que je pouvais revenir en arrière dans mes idéaux, lorsque même mon corps avait subi une telle transformation ? Les Ténèbres m'avaient en effet transformé, me rendant plus fort...

Mais n'altérant en rien ma volonté.



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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Lun 24 Fév - 20:23













Un terrain de combat...
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Le calme... Toujours ce mot. Toujours ce sens. Toujours ce silence. Toujours cette sensation d'être observée par un étranger. Tout en restant immobile à son contact, c'était comme si mon cerveau reprenait la route vers la conscience, comme si j'étais réveillée par des oiseaux damnés qui chantaient jusqu'à ébrécher mes oreilles afin de me réanimer. Je ne savais pas encore ce que je m'apprêtai à faire mais je pensai tout de même à évoquer la principale idée qui me venait à la tête. Je voulais polémiquer sur la vocation... Cette vocation qui lui avait permit de se retourner dans le noir laissant un voile luciférien sur son visage déjà si terne. Dès que la nuit commença à effacer le paysage, la chaleur fut accablante. Pas la moindre brise. Je n'entendis pas un cri. C'est seulement après que je me souvins que l'on avait crié autour de moi. Je fus encerclé, enfin... nous. Autour de nous, des hommes aux armures ébènes, presque nus, me regardaient particulièrement comme un animal rare et dangereux. J'entendais à répétitions divers bruits qui avaient le but de nous faire comprendre qu'ils étaient présents, dans le noir le plus profond, autour de nous. Je n'avais jamais pu imaginer que d'autres présences pouvaient se manifester dans les plaines... C'était ce petit sourire qui étira mes lèvres, vous savez, celui-ci quand on vous offre une offrande. C'était celui-ci qu'on retrouvait souvent dans mes combats, c'était celui qui avait vu les multiples accomplissements de mes anciens élèves. Mais c'était celui-ci, plus particulièrement, qui recouvrait complètement l'homicide de mes prochains adversaires. Il y avait une clameur enthousiaste qui s'éleva quelques secondes plus tard dans mon esprit. Mais que vallait réellement cette intervention aux beaux milieux de la nuit ? Ils firent leurs apparitions pour s'éparpiller afin de convertir l'endroit en un cataclysme. Ils étaient sûrement des mages noirs à ne pas sous-estimer puisque leurs manigances étaient toujours positives en matière de vérité mais négatives en matière de cruauté. On pouvait l'apercevoir dans tout ces regards ténébreux et sans pitiés. Je ne me souviens de rien suite à cet affolement de troupe qui venait carrément m’aplatir sur le passage comme un débris délibérément éjecté de la société, mais dès que je ré-ouvris les yeux, je pouvais apercevoir une multitude de corps sur un sol où seuls les cratères y re-sortaient. Un combat débutait entre mages noirs et Lucifer, mais en tout cas, ce qui était sûr... C'était que ce combat-là n'était pas similaire à ceux de mes anciens entraînements, c'était un combat à mort !


Un décor où seuls les charognes contemplaient le terrain et où seuls les pieds des mages noirs les plus résistants pouvaient encore marcher sur cette terre. J'essayais de reprendre peu à peu connaissance... J'étais mise sur le côté, prêt d'une tour qui ressemblait à un sablier de jade effilé coiffé d'une coupe de verre jaune vif sans savoir pourquoi avais-je perdue connaissance. Les interstices entre les énormes blocs qui la constituaient étaient à peine suffisants pour y insérer l'extrémité des doigts et leurs arêtes arrondies offraient des prises aussi rares que glissantes. Malgré la fatigue qui nouait mes muscles, et l'amorce d'inquiétude qui m'accompagnait, je marchais au milieu d'un vent passant et coupant qui me giflait carrément la chevelure. Mais il n'était pas rare de retrouver au petit matin le corps sans vie d'un homme détroussé par des mages noirs. Je rejetais mes cheveux en arrière. Les choses avaient bien changé. J'étais désormais de taille à me défendre face à cet assaut. Si ma propre formation en tant que mage légal permettant de m'extirper sans peine des embûches susceptibles de se dresser devant moi, mon assurance suffisait la plupart du temps à décourager d'éventuels agresseurs. Mais dans ce brouillard de poussière qui balayait les territoires, je ne pouvais apercevoir Lucifer. Dans le flou de mes prunelles, je voyais juste au loin, un mage noir sur un rocher comme s'il contemplait l'assaut. Il avait l'air d'être parmi eux... Je le jaugeai d'un rapide coup d’œil. Croisant un homme seul dans un terrain presque désert, devais-je allait faire assaut de cette grivoiserie écœurante ? Je n'étais pas inquiète. Si il cherchait un duel, ce serait un duel asséné qu'il pourrait vite regretter... Je fléchis alors la jambe gauche, tendit la droite loin derrière moi, inclina la tête, écarta les bras. Mes longs cheveux lilas tombant en rideau devant mon visage, mon attitude, position de combat où figure de danse, l'énergie qui se dégageait de mon esprit. Chuintement feutré et la mort surgirent entre ses phalanges si il s'opposait à moi. Lame étincelante au tranchant parfait. Serres. Je restais dans mon positionnement en attendant son moindre mouvement. Regard agrandi, sourcils froncés, mon regard était celui d'une femme guerrière.

On m'a toujours dit que celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas à déjà perdu. Vous êtes le propriétaire de vos troupes, n'est-ce pas ? Où est l'homme qui était avec moi ? Ne faites pas l'innocent, me forcez pas à vous dévoiler mes multiples facettes, vous risquez d'y laisser votre vie !

Johanna Célès... Maître de la Guilde Lamia Scale, n'est-ce pas ? Il est encore étrange que vous réussissiez à identifier aussi facilement mon grade. Vous discutiez avec un mage illégal, vous êtes pourtant Maître de Guilde, je me trompe ? Et quand tout Fiore aura conscience de vos altercations avec lui, et bien, votre vie se terminera en prison. Je suis homme d'affaire après tout... Laissez-moi toucher vos cheveux, on raconte qu'ils sont d'une rareté époustouflante... Ha ha ha....

Ces instants de provocation ne duraient jamais longtemps. D'un haussement de tête, je chassais de mon regard mon épée dans mon étui, positionné à l'arrière-bas de mon dos. La sortir... Je regardais cette pointe en fer qui obscurcissait mon esprit et me plongeait avec jubilation dans mon travail de Maître de Guilde. Je scrutais les abords coupants de l'épée. Le bruit mat de la lame mordant suffisamment l'air fut suivi par des éclats tumultes de mon sérieux. La sortir... Mon nouvel adversaire placé en bout de ligne, un jeune et solide mage noir aux longs cheveux noirs tombant en cascade de part et d'autre de son visage rond et avenant, avait le goût du chantage.

Mais... Où était Lucifer ?

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Lucifer Amaiyuri
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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Mar 25 Fév - 16:16
Yami


Face à Johanna, j'observais la jeune femme dans ce qui pouvait être comparé à un véritable silence de cathédrale. Je sentais la chaleur des rayons du soleil sur ma peau suite à la dissipation des nuages un instant plus tôt. Depuis combien de temps n'avais-je pas ressenti cela... Depuis combien de temps n'étais-je pas sorti de mon armure, à visage découvert, pour profiter du vent qui caresse ma peau ? Trop longtemps sans doute. Mes tatouages tribaux dévoilés, je fixais la Master avec une certaine intensité, attendant sa réponse. Je savais qu'il lui était impossible de me rejoindre dans les Ténèbres. Et pourtant, j'avais envie d'essayer, de lui tendre cette main, de lui donner cette chance. Pourquoi donc ? Pour éviter d'avoir un jour à lever ma lame contre elle, sachant que, bien qu'elle obéisse aux ordres que l'on lui donne, elle n'était pas le genre de personne que je désirais combattre.

Brusquement, je sentis un léger tremblement, comme si une vipère passait entre mes jambes, à quelques centimètres sous le sol. Je n'eus pas le temps de m'en préoccuper, plusieurs dizaines de mages apparaissant alors autour de nous pour nous attaquer. Relevant la tête, m'apprêtant à sortir une épée de ma dimension Kansô, je fus brusquement interrompu lorsque Johanna me tourna le dos, à l'instant où une chaîne jaillit du sol pour m'accrocher le poignet, avant de brusquement me tirer en arrière. Traîné comme un vulgaire voyou derrière un véhicule magique, je sentais le sol me lacérer légèrement la peau, avant que je ne me décide à abandonner la lutte et à suivre le mouvement de cette entrave pour en diminuer la douleur. Posant ma main sur le sol en lui donnant une brève impulsion, je m'élevais ainsi dans les airs avant de retomber sur mes pieds. Me tenant fixement, je pris appuis pour stopper la traction de cette liane de fer ô combien déplaisante qui m'avait amené de l'autre côté de la colline. J'ignorais qui était le vil plaisantin qui m'avait joué ce tour, mais il risquait de le payer cher.

Face à moi apparut alors un mage qui, si j'en croyais son habileté à faire apparaître toute sortes d'armes ainsi qu'à faire disparaître mon entrave, était spécialisé en Kansô. Intéressant. Plusieurs épées firent irruption à ses côtés avant qu'il ne les lance dans ma direction. Il était temps de montrer à cet importun que j'étais nettement plus qualifié que lui dans l'art de manier les lames. Brandissant juste mon bras, je fis à mon tour jaillir une flopée d'armes, nettement plus nombreuses que les siennes, balayant celles que mon opposant avait lancé, avant de venir se planter dans son corps sans la moindre hésitation. Chose que ses amis apprécièrent peu. Une pléthore de sorts se dirigeaient brusquement dans ma direction. Du feu, du vent, de l'eau, des ombres... De toute part. Seul, au milieu de ce chaos magique qui semblait vouloir se déchaîner contre moi, je restais là sans bouger, les yeux fermés.

A l'instant où chacune des attaques était à quelques centimètres de mon épiderme, j'ouvris brusquement les yeux, les faisant toutes disparaître, absorbant cet afflux de magie de bas niveau pour le convertir en puissance à mon avantage. Mon corps laissait une brume noire s'échapper de chaque pore de ma peau, signe que la Magia Erebea était à l'oeuvre. Double manque de chance pour mes opposants... J'étais à visage découvert. Je ne pouvais donc laisser aucun d'entre eux partir vivant d'ici. Tendant mes deux bras sur les côtés, index et majeur joints, je fronçais les sourcils, faisant apparaître deux cercles de runes de chaque côté. Il était temps d'éradiquer la vermine qui osait s'en prendre à moi, mais aussi à Johanna, et ce sans aucun état d'âme.


Amaterasu... Formula 25... Version double !

Aussitôt, deux faisceaux d'énergie pourpres partirent de chaque côté, suivant le mouvement de mes bras alors que je tournais sur moi-même pour faire un tour complet sur ma personne. Un cercle d'explosions colossales suivit l'assaut, laissant un brasier noir et mauve de plusieurs mètres de haut s'élever sur la plaine. L'escadron tout entier de mages gisait désormais un peu partout. M'avançant lentement, je me dirigeais à grands pas vers l'endroit où se trouvait Johanna, bien que mon spectacle ait peu de chances d'être passé inaperçu. Un mage trônait un peu plus haut sur le colline, observant la jeune femme aux prises avec l'un de ses assaillants. Quant à moi, je m'occupais de notre ami à la curiosité malsaine. Ce dernier avait vu mon visage, il ne pouvait rester en vie.

M'apercevant en train de m'approcher, il se mit à utiliser la magie des balles, tirant projectiles sur projectiles dans ma direction. Voyant que chacun de ses tirs était absorbé avant de m'atteindre, il augmentait la cadence, reculant de plus en plus jusqu'à se trouver au bord de la pente menant à Johanna. Tombant sur les fesses, tremblant, il me fixait avec un regard apeuré. Il savait qu'il ne quitterait pas cet endroit vivant. Sans prononcer un seul mot, je passais alors à côté de lui. Dès l'instant où je l'eus dépassé, ses spasmes de peur cessèrent, avant qu'il ne s'effondre sur le dos, une lame plantée dans la gorge.

Tout en descendant la pente, la brume noire entourant de plus en plus mon corps, j'avais entendu le discours de l'être abject qui s'entretenait avec mon Senseï. Je savais bien que la belle n'aurait que du dégoût à salir sa lame avec ce genre de mécréant. Autrefois, j'aurais eu la même réaction... Mais plus maintenant. Cet homme allait payer pour ce qu'il venait de dire à l'une des personnes que je respectais le plus. Avant qu'il ne se rende compte que son "ange gardien" avait pris un aller simple pour l'enfer, une épée vint se planter dans son épaule gauche... Puis une autre dans la droite, avant qu'une autre ne vienne frapper sa cuisse gauche, et une dernière sa cuisse droite. La fureur était visible à travers la lueur écarlate de mes iris, au milieu de la fumée noire qui s'échappait de tout mon corps.

Levant ma main droite, la fureur dans l'oeil, je fis alors apparaître une lance qui vint se planter sans sommation dans la poitrine du pauvre bougre. Peu m'importait de qui il s'agissait. Ses exactions prenaient fin sur le champ. Personne hormis Johanna ne devait connaître mon visage... Une fois qu'il poussa son dernier soupir, je me tournais vers la jeune femme, avant de remettre mon capuchon sur ma tête, dissimulant la partie supérieure de celle-ci. Lui faisant dos, je commençais à m'éloigner avant de m'arrêter pour m'adresser à elle.


Tant que ce genre de personne existera, je continuerai d'oeuvrer ainsi. Senseï... Je souhaite sincèrement que vous me suiviez sur cette voie. Principalement parce que je n'ai pas envie de brandir mon épée contre vous. Mais si c'est ce que le destin a décidé pour nous... Alors il se peut qu'à notre prochaine rencontre nous soyons ennemis pour de bon.

M'en allant à travers la plaine, je m'éloignais alors de la jeune femme. Peut-être se déciderait-elle à me rejoindre dans les Ténèbres... Ou peut-être déciderait-elle de ne pas prendre part à cette lutte, même sur ordre de ses supérieurs. Passant outre le paysage ravagé, je savais pertinemment que la magie de Roséa pouvait rendre à cette plaine son visage florissant en faisant refleurir la verdure et dissimuler toute trace du massacre ayant eu lieu ici. Car après tout, hormis quelques morceaux de corps et deux trois mages noirs, il ne restait plus grand chose du petit bataillon qui s'était tenu ici pour nous faire face. Ce fut donc sans craintes que je disparus finalement en m'éloignant, montant sur les épaules de Dante qui se trouvait à la contrée de la plaine un peu plus loin, pour partir en direction du Grimoire Ship, sans un mot... Avec juste l'espoir que la prochaine rencontre avec mon Maître ne serait pas la dernière.



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Johanna Célès
RoseaRosea

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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   Mar 25 Fév - 19:36













Une décision radicale...
« feat Lucifer Amaiyuri »




Le paysage... C'était une espèce de cité fortifiée par le biais de la nature, sans fioritures architecturales, dont les murailles d'arbre sombre avaient maintes fois prouvé leur efficacité face à la magie. Je passais un léger regard, toujours aussi glacial, sans trop m'exhiber de mon ennemi, après avoir entendu un léger cri de souffrance. Un cri de mort, peut-être avant, quelques paroles... Des paroles de supplication. Mais je reposais une nouvelle fois mes prunelles sombres sur le mage noir qui me faisait face, celui qui m'avait provoqué. Je l'attendais, genoux fléchis, mon épée opaline dans ma main droite. Je fusai vers sa gorge tandis que mon genou s'écrasa sur la cuisse de mon rival. À savoir si je l'avais touchée ou non, je me précipitai à l'arrière pour reprendre mon élan de guerrière. Je le regardais d'une expression d'acier, imprimant chacune de ses facettes. Le vent gifla nos vêtements et le calme supprima la conversation jusqu'à ce qu'il reprenne les rênes du troupeau. Une substance annihila son bras et créa un membre colossal et cyclopéen. Sa magie était étrange à mes yeux, je n'avais jamais vu une noirceur comme telle... Il semblait réagir au moindre mouvement du bras original de l'homme. Ses ongles couchés et étendus étaient tranchants, ils pouvaient même transpercer de la chair assez facilement. Mes lèvres étaient dépravées, dévergondées et dissolues face à cette menace. Pensez-vous que le cœur d'une femme peut être sombre et malsain ? J'étais connue pour mes multiples facettes et le mage devant moi ne pouvait comprendre mon ambition : protéger mes alliés avant tout ! Il avait le sens de la plaisanterie et, même en rigolant, il exécuta sa main vers moi une fois que cette dernière avait refermé son poing gigantesque. Même si Lucifer hantait mes pensées et que je ne pouvais abandonner la question "où est-ce qu'il est", j'avais conscience de ce qu'il se passait. Je ne pouvais offrir le sang de cet homme à ma lame, c'était un sang tellement commun et malsain... Brandissant ma lame en sa direction, j'esquivai à vive allure la frappe du poing et, sans toute attente, dans l'enchaînement de l'action, je me dirigeai vers lui en écriant :

Kōri no Yūki !

Une de mes armes apparaissait dans ma main droite, permutant avec mon épée. Un javelot de couleur livide, orné d'un toupet entre le fer et le manche. Une arme pouvant me donner ainsi, une vitesse de déplacement plus élevée afin d'atteindre efficacement ma cible. Mais je fus directement calmée par une substance ébène qu'il avait projeté dans course. J'avais en main, toujours ma lance, au manche métallique. Je ratai la jugulaire d'un cheveu mais le genou, en percutant un point névralgique, transforma la jambe de mon rival en un bloc de souffrance pure. Je reculai de deux pas en le contemplant, sourcils froncés, comme si je tentais de saisir un souvenir furtif qui me dérobait depuis des jours. Elle enchaînait ensuite ses prochaines attaques offensives. Je le voyais manipuler ses bras pour produire une nouvelle fois de plus sa matière, mais cette dernière était fluide et liquoreuse. Elle dégoulinait sur le sol pour former au final un cercle d'un rayon assez grand. Quand d'un coup sec, cette flaque disparût, s'atténua et se dissipa... Un homme, à la carrure similaire de Lucifer, était positionné derrière mon adversaire, une lame avait dépassée l'armure que possédait le mage noir... Percer un mage à l'épaule nécessitait certes de la précision et une bonne coordination musculaire mais surtout de la force brute, et l'emploi de cette force dissimulait toutes les autres capacités. Pendant que le regard éteint du futur cadavre se posait sur moi, ma silhouette fine et déliée attirée le regard du sol, me demandant presque supplice de supprimer les traces de ce massacre. Mes yeux s'écarquillaient et, là, je découvris le visage de mon ancien élève... Il avait prouvé qu'il ne possédait aucune pitié. Son apitoiement était désormais limité. Son attendrissement s'était éteint. Mon cœur se givra, jamais je n'avais imaginé qu'il était capable de commettre un meurtre. Il était mage noir après tout. Il était lui. Il était un homme ne demandant aucune miséricorde. Il était... Lucifer.

Luci... Qu'...

Ma voix ne trouvait plus les mots pour... Mais non, oublions, osons oublier comme il l'a fait avec son honneur... Il conduisait la discussion au sommet d'une plaine herbeuse dont le vert pâle était éclaboussé par les taches blanches de rochers affleurants. Au-dessus de nos têtes, un vent d'altitude jouait avec de rares nuages argentés, nous bousculant en silence sous l’œil impavide d'un froid nocturne jusqu'à qu'il le brise avec des paroles confuses. Une proposition presque obscène ou machiavélique m'avait-il proposé dans la sincérité la plus profonde, pouvant même atteindre les abysses. Cela dépend comment on prend la proposition... Oui. Il me demandait de le rejoindre dans l'ombre. Il me demandait... Avais-je eu un futur aussi ténébreux que cela ? Devais-je suivre ma destinée, celle de mon élève de même, afin de nous unifier ? Il me montrait simplement son dos, recouvrant un voile furtif afin que je ne pouvais dissuader la simple émotion expressive sur son visage. Avais-je réellement le besoin d'expliciter différemment le fond de ma pensée ? Pouvoir lui dire, d'un coup sec, que c'était impossible . Que mon avenir avec lui était néant . Qu'il avait tourné le dos à la lumière afin que l'ombre l'emporte dans le mal . J'avais la lucidité que le ramener dans le bon chemin était toujours probable mais il était question de temps. Il avait osé dire qu'à notre prochaine rencontre nous serions sûrement ennemis... Aucune émotion, aucun écarquillement des yeux, rien. Cela ne m'avait jamais traumatisé, non, ses paroles ignoraient le véritable être en lui. Je savais, du plus profond de mon âme, que ses dires étaient pour me montrer la tension, afin que je vienne dans son armée. Il était dur pour moi d'entendre ceci mais il fallait accepter le nouveau Lucifer, le nouveau Chevalier Runique se battant pour une cause bien précise, le nouveau démon à craindre...

Faire profil bas. Ne pas lui montrer mon désespoir. Ne pas croiser son regard. Ne pas le regarder... Un seul souffle, une seule parole. Un suivi d'échange, peut-être le dernier, mais sûrement le plus important. Un redressement de tête, un air sérieux comme à l'ancien temps, comme quand les roses rougissaient à l'avenu de Lucifer sur leurs territoires naturels. Un espoir...

Te suivre dans ta conquête contre le monde ? Contre le peuple ? As-tu réellement conscience de ce que tu me dis ?... LUCIFER, REGARDES-MOI QUAND JE TE PARLE ! Penses-tu réellement que ton honneur pour tes proches, pour tes semblables, est néant ?! Tu œuvres l'incapacité, la déroute, et la terreur ! Voilà ce que tu es présentement, et tout ceci, sans aucune larme de regret. Tu sais très bien ce que je pense de toi, j'ai toujours été ce pilier qui soutenait ton pont. Et... Tu me demandes de rejoindre les Enfers ? Il se peut que tu te sois trompé de route, et j'en suis persuadé. Te crois-tu capable d'hisser ton épée face à moi ? Te crois-tu capable de m'affronter ? Penses-tu sincèrement capable de me changer ? Oserais-tu éructer ta soif de vengeance sur celle qui t'a élevé comme une mère ? J'ai toujours fait face à la lumière, c'est bien que pour mes ombres restent derrière moi. Retrouve ton véritable chemin, Lucifer. Ne te laisses pas bercer par les ombres, malgré leurs douceurs, elles vont vouloir accomplir ton rêve mais, au final, vont t'embarquer dans une illusion sans failles...

Ce dernier, ignorant mes mots, se dirigea dans le monde... Je restai.. là... seule... Mes prunelles vacillaient... Mon cœur avait décidé de ne plus battre quelques secondes. J'espérais simplement qu'il avait retenu mes dires, mon envie de le revoir à mes côtés... Nos dos se rencontraient alors, lui marchait vers un côté, moi de l'autre, comme une séparation définitive. C'était dans un murmure les plus chétifs que je redemandai :

Lu..ci.....fer...

Mais... Avais-je dit mon dernier mot ? Avais-je dit que j'allais abandonner ? Il faut toujours garder l'espoir. Qui n'a plus d'espoir n'aura plus de regrets..



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MessageSujet: Re: Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]   

Réminiscences et Naissance de Sentiments [PV Johanna Celes]

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