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 Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]

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Johanna Célès
RoseaRosea

Johanna Célès

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MessageSujet: Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]   Une méditation réfléchie... [Johanna Célès] EmptyVen 14 Mar - 17:45













Ne pas avoir le temps de méditer, c'est n'avoir pas le temps de regarder son chemin, tout occupé à sa marche.
« JOHANNA CÉLÈS »




J'aime l'idée d'un savoir transmis de maître à élève... J'aime cette idée qu'en marge des « maîtres institutionnels » que sont procréateurs et enseignants, d'autres maîtres soient là pour défricher les chemins de la vie et aider à y avancer. Un maître d'armes côtoyé avec des supports, un philosophe rencontré dans un essai ou sur les bancs d'un amphithéâtre, un menuisier aux mains d'or prêt à offrir son expérience... J'aime l'idée d'un maître considérant comme une chance et un honneur d'avoir un élève à faire grandir. Une chance et un honneur d'assister auprès de cet élève. Une chance et un honneur de participer à son envol en lui offrant des ailes. Des ailes qui porteront l'élève bien plus haut que le maître n'ira jamais. J'aime cette idée, j'y voyais une des clefs d'un équilibre fondé sur la transmission, le respect ainsi que l'évolution.

Johanna... Nom ô combien essentiel pour moi, dans sa complexité, sa richesse, sa volonté, ne serait pas ce qu'elle est si son chemin n'avait pas croisé celui de Lucifer. Ce dernier qui a su développer des qualités qu'elle décelait en lui. Cette Johanna... Moi... Il m'avait poussée, ciselée, enrichie, libérée, sans chercher une seule fois à me modeler, me transformer, me contraindre... Un respect dégradé lors de notre dernière rencontre. Lucifer, un homme accompli. Homme accompli et mage accompli. Il sait ce qu'il me doit. Il sait que sans moi, il ne serait jamais devenu l'homme qu'il est maintenant. L'homme accompli. Je l'ai poussé, ciselé, enrichi, libéré, sans chercher une seule fois à le modeler, le transformer, le contraindre. Une évolution constante... Nul doute pourtant que je sois parvenue à faire découvrir la voie de la bonté et à lui offrir un élan nécessaire pour qu'il y progresse plus loin que moi.

J'aime cette idée, dans les théories et dans la vie, d'un maître transmettant son savoir à un élève afin qu'à terme il le dépasse. J'aime la générosité que j'induis, la confiance que j'implique en la capacité des hommes à s'améliorer. J'aime cette idée, même si croiser un maître est une chance rare et même s'il existe bien d'autres manières de prendre son envol...

Mon corps est une partie de moi. Je lui dois le respect, c'est par lui que j'appréhende le monde mais il n'est qu'une partie de moi. Ma condition de Maître de Guilde prend naissance bien au-delà des limites de mon corps. Je le transcende et, si mon corps est enchaîné, blessé, affaibli, brisé même, je n'en demeure pas moins libre. L'état d'être supérieure n'est pas lié à de rares et étonnantes capacités physiques mais à la conscience et à la volonté d'arpenter un chemin propre, une voie, à l'intérieur de soi. Un chemin conduisant à ma liberté, à mon équilibre, à mon harmonie. Et si moi, Johanna, étais enchaînée au sens propre du terme, placée en situation de danger extrême, de faiblesse, de presque échec, réalise que mon esprit, lui, ne connaît aucune entrave, que je sois Maître de Guilde et resterai Maître de Guilde, sans que personne ne puisse m'amener dans le gouffre de l'Enfer, sans qu'aucune proposition n'allait changer mon caractère. Pourtant, je change, et on me le fait remarquer de multiples fois...

Que je sois libre ou enchaînée, valide ou blessée, jeune ou vieille, je serai toujours cette femme aux traits glaciaux, celle qui protège ses protagonistes face au Diable. Cette prise de conscience achève de me libérer et marque mon envol. C'est à ce passage de ma vie que je me suis demandai si je méritais réellement de vivre dans la lumière, suite à la proposition de Lucifer. À cette question, il y avait eu deux réponses. Celle d'une femme guerrière et celle d'une femme lunatique. La femme guerrière, raisonnable et posée, insiste sur le risque qui résulte d'une confusion entre fantastique et réalité. S'elle sait la force des mots et celles des histoires qui l'ont marqués, elle considère qu'il y a bien assez de chemins dans notre monde pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'en inventer de nouveaux. Pour elle, le changeant est un ami littéraire sur qui on peut s'appuyer mais à qui il serait vain de vouloir ne pas lui ressembler.

La femme lunatique est plus fermée. Consciente qu'escalader les plus hautes tours de cités improbables, arpenter leurs ruelles obscures avec la discrétion d'un rêve, chevaucher la brume ou parler au vent son avant tout des exercices, il n'en conclut toutefois pas à l'impossibilité de devenir une vraie femme avec des valeurs. La femme guerrière a sans doute raison, mais il y a des jours ou je me sens résolument la femme lunatique... Les genoux aux sols, comme si on me les avait coupé. Le visage abaissé, comme si on m'obligeait à m'incliner. Gamberger dans un temple sans savoir ce que l'on est réellement devenu...

[FLASHBACK]

Le nom du monde ? Souffrance. Oui, encore... Au prix d'un terrible effort, je rampai jusqu'à un arbre proche suite à un coup d'épée qui m'avait balayé ma jambe droite. C'était un duel peut-être trop féroce, mais il fallait montrer nos valeurs ainsi que nos résistances. J'utilisai ainsi l'ultime parcelle de mes forces déclinantes pour m'y adosser, fermai les yeux... Les rouvrit aussi vite. Ma vision était devenue floue et s'atténuait encore. Celle qui irradiait dans mon corps ensanglanté n'était rien. Le combat n'était qu'un simple entraînement mais c'était celui, peut-être, qui me permettait d'affirmer ma force afin d'être gradé "Major". Sur un instant précis, je sentais une entaille qui venait me cranter diagonalement le dos. Violente secousse. Ce dernier était nu et il n'avait pas loupé son coup d'estoc. C'était un contact tellement terrible qu'un cri de douleur s'échappa de mes lèvres. Souffrances... Ma vie s'écoulait désormais de la plaie hideuse barrant mon dos. C'était toujours cette image qui me venait en tête, toujours cette description, toujours cette fatigue. Le rapt était devenu insoutenable. Peu importait que j'étais agonisante, peut importait que celui qui avait frappé m'avait d'abord tenue dans ses bras, ait un jour caressé le corps qu'il avait aujourd'hui transpercé, peu importait tout ce que n'était pas l'effroyable réalité. J'hurlai soudainement, j'essayai... Mon faible murmure s'étouffa dans l'écume rouge qui jaillit de ma bouche. Je gémis, voulus porter la main à mon visage, renonçai. Visage trop loin. Main trop lourde. La lame était entrée dans mon dos, puis une poignée de fer m'avait remontée en biais jusqu'à s'enlever avant de m'imprimer une rotation maîtrisée au millimètre. J'haïssais ma faiblesse à ce moment là, le courage m'avait perdu, mon sang qui s'écoulait. Je poussai alors un grognement, agrippai le tronc de l'arbre. Mépriser douleur et agonie, se lever, marcher sans baisser la tête, une remontée d'endurance soudaine...

Je fermai les yeux laissant mon ouïe devenir le cœur de mon être. C'était sans doute la seule chance pour mon adversaire de s'en sortir vivant avant que ma vaillance ne m'enveloppe. La lueur sanglante qui dégoulinait sur mon visage se transforma en matière noire me ralentissant sans répit. Au même instant, le soufflement caractéristique d'un poing fendant l'air se sentit près de ma joue gauche. Ralenti, j'étais trop occupée pour que je pouvais m'accorder une bribe de son attention. Un souffle. À ma droite. Je vrillai mon corps, sentis une douleur lourde à mon côté gauche et je discernai le poing de mon ennemi dans ma face. J'avais reçu ensuite un coup dans l'estomac et j'étais expulsée par sa puissance titanesque. J'avais failli hurler de douleur... mais je tenais bon. Au loin, je pouvais apercevoir un dard qui fonçait tout droit sur ma voie. Épuisée et déséquilibrée. La lame que comportait ce bâton remplit de matière noire venait horizontalement vers ma jambe droite. Quelques mouvements suffisaient amplement à exploser cette matière mais que déjà, je retombai au sol. Impossible de se relever suite aux multiples blessures que je m'étais mangé... Incapable de me diriger, mon genou était écorché. Serrant les dents pour juguler la douleur qui irradiait de mon flanc, je rencontrai pour la deuxième fois le sol. Impossible de compter le nombre de fois où je me prenais la sauce. J'avais l'impression que mon corps entier était devenu une seule et unique ecchymose. À travers la déchirure de ma cotte de maille, j'en avais palpé les dimensions, grimaçant lorsque j'avais senti un liquide chaud ruisseler sous mes doigts. J'avais déchiré un des bouts de tissus et l'utilisai comme un pansement de fortune. Qui très vite s'imbiba de sang. Il maîtrisait ce pouvoir qui m'avait refusé auparavant... La magie.

Les rayons du soleil couchant ensanglantèrent les plus hautes tours de la capitale et, par un prodigieux jeu de miroirs, le territoire entier se teinta de rouges, d'ors et d'orangés. Les forteresses s'illuminèrent, contrepoints nacrés de la débauche flamboyante qui avait envahi le ciel. Après une dizaine de minutes de féerie colorée, les ombres s'allongèrent, se multiplièrent... Coup d’œil circulaire. Un mouvement à la périphérie de mon regard. Une lame siffla au-dessus de la tête de mon ennemi. Une forme de rotule céda avec un bruit sec. Elle fendit horizontalement sa tunique ouvrant une longue estafilade dans son dos. L'acier brilla au couché de soleil avant de se teinter d'écarlate en entaillant la chair de l'adversaire. Mes blessures n'étaient pas assez profondes pour me ralentir, l'avenir proche se dessinait avec une implacable limpidité. Dans le même instant, j'en profita pour divulguer le nom de mon épée aux motifs complexes. Ma voix n'avait pas changé, mon aménité factice dissimulait ma terrible froideur. Un courage retrouvé...

Yūki no KEN... ! Après... Après la perception du détail, vient l'instant du... choix. Si la réflexion s'appuie sur le doute, le choix en est exempt. Ses maîtres-mots sont... pertinence et... efficacité.

Je venais ensuite refermer ma main gantée de cuir cobalt sur cette même épée. Toute trace de bonté avait déserté mon visage. Je m'étais éternisée sur des paroles tandis que mon antagoniste devant moi se contenter d'ouvrir ses oreilles afin de percevoir peut-être la vérité de mes dires. J'expatriais ma main dans une forme abrupte. Gurōbu no Yūki ! Cette arme ondoyait autour de mon bras en permutant avec l'ancienne. Je lui assénai, postérieurement, un coup violent sur la nuque d'un geste vif, d'une précision extrême. Léger saut, repoussement facial à l'aide de mes deux pieds, retombant sur mes deux jambes tel un Maître de Guilde contrôlé. Des mouvements fluides. Un redressement de tête... Une bravoure retrouvée.

L'échec est une redoutable force de vie. Si tu la perçois mal, l'utilises mal, cette force peut te happer, l'emporter et te réduire en miettes. Arpenter ta voie t'apprend à utiliser l'échec comme n'importe laquelle des forces qui s'entremêlent autour de nous. Je m'en sers pour rebondir, m'améliorer, rester positif. Toujours. Je n'abandonnerai JAMAIS !

La souffrance était comme une formidable horloge dont les monstrueux battements pulsaient à travers tout mon corps. L'unique ressentit de ma blessure m'avais suffi pour comprendre que j'avais de la chance d'être encore en vie. De l'ascension, je ne conservai que le souvenir brumeux d'une souffrance terrible teintée d'un désir non moins terrible de renoncement. Lâcher prise et peut-être abandonner. Naquit ultérieurement un sourire des plus inamovibles et robustes. J'écartai mes doigts malgré le tremblement de mes mains. Kōri no Yūki.... Cette arme faisait partie d'une de mes œuvres d'Art. Elle apparût dans ma main droite allongeant ma rapidité. Il était complètement désamorcé et, d'un coup soudain, il sentit ses forces et sa pugnacité s'évanouir. Il allait peut-être mourir, ici, maintenant, sans même savoir pourquoi. Un frisson froid remonta le long de son dos, zébra ses épaules, descendit jusqu'à ses poignets. Ses mains brûlaient lentement. Sans douleur, d'une flamme invisible. Non, de six flammes invisibles, localisées exactement aux jointures intérieures de ses phalanges. La lance se trouvait sous sa gorge, prête à le décapiter si il le fallait. Trois mètres nous séparaient. Trois mètres qui crépitaient d'une tension presque palpable...

Ne jamais renoncer... Voici la clef d'or.

[FIN DU FLASHBACK]

Comprendre... Essayer... Méditer... Voilà pourquoi je médite. Voilà pourquoi je bataille chaque jour. Pour appréhender encore et encore, mais finalement, ma voie a jamais voulue se poursuivre ... Alors pourquoi tenter quand on possède déjà tout ? Pourquoi vouloir changer en quelqu'un qu'on est pas ? Pourquoi ? Méditer... Plus qu'une action.

© FICHE D'APOLLINA POUR LIBRE GRAPH


Dernière édition par Johanna Célès le Sam 15 Mar - 15:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]   Une méditation réfléchie... [Johanna Célès] EmptySam 15 Mar - 14:58













Accepter l'idée d'une défaite, c'est être vaincu.
« JOHANNA CÉLÈS »




Synonyme de fête, la période de mon changement de comportement apportait également un gros taux de vols, agressions et acte délictueux dans tout Fiore Sud, comme si c'était de ma faute. Les gardes impériaux veillaient à l'ordre et à la sécurité, mais il n'était pas rare de retrouver au petit matin le corps sans vie d'un homme détroussé par des malfrats ou celui d'un malfrat, victime d'un règlement de compte. Toutefois et même en ces temps agités, la vie nocturne demeurait bien moins dangereuse. C'est ce à quoi je songeais en avançant d'un pas alerte dans un dédale des alentours que je connaissais comme ma poche après avoir quitté la demeure du Temple. Combien de fois n'avais-je dû qu'à ma vivacité de réaction et à ma rapidité d'échapper à un sort funeste ? Combien de fois des hommes aux intentions ambiguës m'avaient-je prise en chasse ? Combien de fois avais-je été obligée de jouer de l'épée pour me tirer d'épineuses situations ? Je rejetai en arrière mes cheveux roses. Les choses avaient bien changé. J'étais désormais de taille à me défendre. Echo parfait à mes pensées, quatre silhouettes se profilèrent à dix mètres autour de moi. Quatre hommes. Je les jaugeai d'un rapide coup d’œil. Des lourdauds éméchés rentrant d'une nuit de beuverie. Je les reconnaissais, eux et leurs semblables. Pas vraiment dangereux mais d'une bêtise crasse qui pouvait les conduire à n'importe quelle extrémité, surtout qu'ils avaient bu. Croisant une jeune fille seule dans une rue déserte, ils allaient faire assaut de cette grivoiserie écœurante qu'ils appelaient humour pour tenter de l'attirer dans leur lit. Si cette technique de séduction sophistiquée ne fonctionnait pas, ils recourraient à la méthode virile qui, elle, donnait toujours d'excellents résultats : cogner d'abord, discuter après.

Je n'étais pas inquiète. Une réplique bien assénée permettait souvent de déstabiliser ce genre de brutes. Suffisamment pour qu'elles perdent leurs agressivité.

Alors ma belle, tu cherches l'aventure ?

Je m'étais rembruni. Les quatre hommes étaient ce qu'ils paraissaient être : des ivrognes doublés d'imbéciles.

Je cherche la paix et je l'avais trouvée. Avant de te croiser.

J'aime pas les filles qui se croient malignes ! Alors tu vas la fermer, être très gentille avec nous et tout se passera bien.

Des ivrognes doublés d'imbéciles teigneux. Celui qui avait parlé, un escogriffe aux moustaches tombantes, fit un pas vers moi, une lueur de convoitise dans son regard veule. Je poussai un soupir de contrariété. L'idée d'étrangler le moustachu avec ses tripes me vins à l'esprit mais je la repoussai. Trop facile et si peu glorieux. Déshonorant. Je levai les yeux pour chercher la prise qui me permettrait de me hisser sur les toits et de poursuivre mon chemin vers la reconnaissance.

Tu crois vraiment que tu vas nous échapper en t'envolant ?

Alors que je m'apprêtais à bondir, je me ravisai brusquement. Je fléchis la jambe gauche, tendis la droite loin derrière moi, inclinai la tête, écartai les bras, paumes tournées vers le bas. Il se tut. Je n'étais plus une fille. Mes cheveux roses tombant en rideau devant mon visage, mon attitude, position de combat, l'énergie qui se dégageait de mon corps... Chuintement feutré et la mort surgit entre mes phalanges. Lame étincelante au tranchant parfait. Piètres chasseurs devenus gibier terrorisé, les quatre hommes s'enfuirent. Je rétractai mon épée et me remis en marche. L'atmosphère du Temple me pesait tout à coup. Pour merveilleuse que soit, j'avais besoin d'espace, de nature, de solitude. Il était temps de sourire ou... d'offrir sa vie aux flammes.

L'épée n'était pas un outil mais une arme, et ceux qui choisissaient de l'utiliser étaient des guerriers. C'est avec cette certitude ancrée en moi que je m'installai à nouveau dans le Temple malgré l'atmosphère pénible et la peur d'être confrontée à d'autres antagonistes, la peur bien sûr de mette fin à leur vie, cette situation qui a été créée pour mettre la valeur de la force brute au détriment de la finesse. J'avais peu dormi cette nuit et dès que je bougeai, les muscles de mes avant-bras me rappelaient mon aventure de toute à l'heure. Seul le plaisir de se trouver aux côtés de mes protagonistes compensait à ma contrariété.

Si je connaissais bien le temple, l'endroit était trop vaste pour que j'avais pu l'explorer en détail. À chacune de mes balades dans les alentours, solitaire ou accompagnée par de braves mages, je découvrais de nouveaux aspects de la cité comme si cette dernière, dotée d'une personnalité propre et décidée à me séduire, jouait sans cesse à me surprendre et à m'émerveiller. Je débouchai alors sur l'esplanade, je me figeai ensuite, stupéfaite. Je vis un lac à la surface étale, éclairé par des sphères lumineuses immergées mettant en valeur l'étrange faune aquatique y virevoltait et les plantes colorées qui tapissaient son fond. Poissons-lunes écarlates, anguilles sinueuses, bancs d'éclairs bleutés, se faufilaient entre des massifs d'algues dorées ou dans les multiples anfractuosités des blocs de concrétions aux formes tourmentées. De larges escaliers s'enfonçaient sous sa surface, protégés par une voûte et des murs de glace. Il était donc possible de déambuler dans le lac, sous le lac, et une multitude de sentiers avaient été tracés à cette fin. Tous convergeaient vers une place centrale plantée d'exubérants buissons fleuris givrés et d'arbres taillés à la perfection qui offraient la vision inouïe d'un monde renversé. C'est cette incroyable vision que je contemplais, bouche bées. Je poursuivais ensuite mon chemin mais les reflets mouvants de ses eaux limpides ricochaient encore contre les murs comme autant d'appels à faire demi-tour.

Comme un vent irrésistible... C'est magnifique. La vie suit ses courbes invisibles et moi je reste plantée là. Je préfère cependant l'idée d'une vie rectiligne... Pourtant les courbes sont belles et l'archer qui veut sa flèche aille loin lui en fera décrire une. Changer d'avis à tout moment revient à effectuer des demi-tours, pas des courbes... Mais je ne change pas d'avis à tout moment. J'apprend et cela seul compte...

Je barrai le chemin aux mots qui voulaient sortir de ma bouche. Je les obligea à redevenir pensées, les sculpta jusqu'à ce qu'ils reflètent ce que je venais de découvrir. J'avançais ainsi jusqu'à une rue bordée de tavernes d'où jaillissait le joyeux brouhaha. Des hommes et des hommes étaient attablés à l'intérieur ou dehors, buvant de la bière fraîche et partageant des plats simples aux arômes alléchants. Des marchant déambulaient entre les tables, proposant foulards colorés, amulettes ou extraits de plantes aux propriétés prétendument magiques. Je m'arrêtai enfin à l'angle d'une placette plus calme que le reste des alentours. Un homme avait basculé ma chaise jusqu'à ce que mon dossier touche le mur. Un verre de bière à la main, les jambes tendues, j'observai l'agitation avec une attention globale. Je notai qu'après le visage taillé à la serpe, les cheveux gris qui auraient mérité un sérieux lavage, la cicatrice barrant une joue, les vêtements de cuir élimés et la poignée du sabre dépassant de ses épaules. Ce dernier s'apprêta à me demander ce que je souhaitai...

Rien.

Prononcer cet unique mot me demandait un effort colossal. J'avais l'impression que ma mâchoire inférieure était en miettes et que mes lèvres avaient doublé de volume. J'avais passé la journée dans un état second, d'abord incapable de me lever puis, me forçais à mettre les pieds au sol afin d'effectuer de douloureux mouvements d'assouplissement qui m'obligeaient à serrer les dents pour ne pas crier. Entre deux séances de supplice envers moi même, je m'étais restée couchée, basculant sans avertissement dans de profondes périodes de sommeil durant lesquelles je revivais en continu la monstrueuse proposition de Lucifer. Je tournai avec difficulté la tête vers la fenêtre. La lumière du jour avait pâli, annonçant l'arrivée prochaine du soir. Cela ferait bientôt vingt-quatre heures que j'étais pas couchée et j'étais toujours aussi faible et vulnérable.

Une jeune femme se détourna avec brusquerie du comptoir et se dirigea à grands pas vers moi, assise. Je n'avais pas bougé mais mes yeux océaniques étaient fixés sur elle, pareils à des puits de nuit. Elle se campa devant moi, jambes à moitié fléchies, pas tout à fait en garde mais prête à toute éventualité.

Eh, toi. Est-ce que tu...

Avec un grognement de douleur, elle se plia en deux. Sans daigner se lever... Qu'est-ce qu'elle avait eu à ce moment là ?!...


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MessageSujet: Re: Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]   Une méditation réfléchie... [Johanna Célès] EmptyDim 16 Mar - 10:40













Un caractère luciférien.
« JOHANNA CÉLÈS »




Je n'avais pas eu le temps de lui répondre que mon talon se ficha dans son estomac, avec suffisamment de force pour lui couper le souffle. Et elle n'avait pas vu le coup arriver. Elle récupéra toutefois très vite et, virevoltant avec une incroyable agilité, elle bondit sur moi, toujours assise. Son pied fusa en ma direction. Il n'atteignit pas sa cible. Une gant en forme de tigre s'était refermée sur sa cheville, si puissante qu'elle crut que l'os cédait. Gurōbu no Yūki.... Je me dressai, fauchai la jambe libre de mon antagoniste, au moment où elle s'effondrait, lui assénai un terrible atémi dans les côtes. La jeune demoiselle poussa un gémissement sourd. D'une torsion du buste, elle se libéra, se releva, recula de deux pas, tentant en vain d'oublier la douleur qui fusait de ses côtes, se contra sur mon visage qui lui faisait face. Je me tenais immobile, l'air vaguement ennuyé par la situation, presque nonchalante. Une nonchalance que contredisaient l'acuité de mon regard et ma garde qui, pour simple qu'elle paraissait, n'en était pas moins formidable d'efficacité. Ma rivale y décela toutefois une faille. Si mon buste était très bien protégé à la perfection, ce n'était pas le cas de mon dos. Il était vulnérable du au manque de tissu. Elle passa alors à l'attaque avec la vivacité d'un feu follet, feintant à la gorge pour se baisser et frapper du pied. Un coup sec suffirait à briser ma colonne vertébrale. Il lui resterait plus qu'à espérer à...

Un leurre. Elle en prit conscience trop tard. Ma garde était parfaite du bout des orteils à l'extrémité de mes cheveux, mon dos, apparemment vulnérable, était un leurre. Non, plus qu'un leurre. Une arme. Je percutai l'individu à l'endroit exact où l'atémi l'avait déjà atteinte. Elle cria sous l'impact, cria encore lorsque mon coude s'écrasa sur sa pommette, cria quand le coup fut doublé d'une manchette portée à la bouche. À moitié assommée, le visage ruisselant de sang, elle tituba en arrière. Un attroupement s'était formé autour du combat, mais personne ne faisait mine d'intervenir. Un rictus tordit les lèvres éclatées de la femme. Que personne, surtout, ne se risque à intervenir. C'était son affaire et elle allait la régler vite et définitivement. D'un geste vif, elle tira une dague du fourreau qu'elle portait à la ceinture et la pointa devant elle. C'était une erreur. Moi, Maître de Guilde, qui jusqu'alors s'était contenté à me défendre, se mit en mouvement. Elle écarquilla les yeux. Je n'étais pas particulièrement rapide, j'étais... dans les temps. Son étonnement ne dura qu'une fraction de seconde. Un délai suffisant pour que je m'écarte de sa ligne d'attaque et, lorsqu'elle frappa de la pointe de sa dague, abatte le tranchant de sa main sur un poignet sans défense. L'avant-bras paralysé, elle ouvrit les doigts. La dague tomba au sol, ridicule de prétention. Moi, Johanna à qui elle était destinée ne craignait pas la lame d'une gamine, aussi effilée soit-elle. Refusant de céder, elle se remit en garde. Un coup sauvage la cueillit au plexus solaire, un poing s'écrasa sur son œil gauche, un genou lui percuta la hanche avant de la plier en deux en s'enfonçant dans son estomac. Un choc violent sur la nuque... Les ténèbres l'engloutirent avant qu'elle touche terre. Elle n'avait même pas eu le temps de m'effleurer.

Je laissai mon regard courir vers le Lac Givré que je venais de franchir il y a quelques temps déjà. Je sortais ensuite du bar délaissant le combat. Je discernai une harde de moines passant dans une combe proche, le lac à la surface miroitante droit devant, une série d'aiguilles rocheuses émergeant une cascade givrée. Je me sentais en accord parfait avec le froid. Je souris lorsqu'une délicate fragrance monta à mes narines. Sensible à la beauté du paysage, il y avait sous mes pieds, des touffes de menthe poivrée. L'odeur me projeta des années en arrière. Mes procréateurs parfumaient souvent leur cuisine avec de la menthe poivrée. Ils l'utilisaient également pour soigner leurs rhumes et en tiraient une liqueur dont ils avaient parfois tendance à abuser. J'étais submergée par une brutale vague de nostalgie. J'avais vécu neuf ans avec eux. Neuf années de bonheur limpide, neuf années de simplicité joyeuse et d'aventures allègres, neuf années qui avaient façonné ma personnalité, mes goûts et mon indépendance. L'envie remplaça la nostalgie. Le village de Rosemary se trouvait à des milliers de kilomètres, derrière l'infranchissable chaîne des hautes montagnes. Le voyage prendrait des semaines, voir des mois. J'avais toujours cru que j'allais enfin revoir mes parents si j'y retournai et de revoir tout ce monde qui m'impressionnait par leur incroyable sociabilité. Mais, j'avais peur, d'un autre côté, de scruter les environs, à l'affût des tourbillons de poussière qui auraient révélé de nombreuses choses, puis voir toujours jaillir les bâtiments effondrés soumis au vent. Je revenais à la triste réalité...

Un coureur au plumage coloré déboula sur la piste, détournant mon attention et offrant un dérivatif à la tension qui palpitait dans mon esprit. L'oiseau resta un instant à contempler stupidement mon regard qui s'était arrêté pour l'observer. Il fit ensuite volte-face et s'enfuit de toute la vitesse de ses longues pattes. Je repris ma route en échangeant d'inoffensives banalités. Le relief s'était accentué et de denses coulées de conifères vert sombre cascadaient désormais depuis les hautes environnantes jusqu'aux abords immédiats de la piste. Je scrutai les alentours, attentive au moindre mouvement, au moindre pas. Se figer. J'avais perçu un mouvement à une vingtaine de mètres. Senti aurait été plus exact tant le mouvement en question avait été furtif. Je me laissai glisser à terre, rampai sans bruit jusqu'à un rocher qui offrait un renforcement, se relevai dans mon ombre, posai la main sur le manche de mon estoc. Néant... Je me sentis juste observée. À aucun moment de ma vie, et j'en étais certaine, je n'avais arboré la fraîcheur candide, presque naïve, qu'irradiait mon comportement à cet instant même. Avais-je imaginé quelque chose ? Néant... Je retournai là où il y avait à manger, j'avais beau nier mon manque de faim, mais il fallait manger. Pas dans ce bar au risque de faire des morts.

[...]

Je jetai un coup d’œil dubitatif au contenu de mon assiette, un épais ragoût agrémenté de feuilles d'étoilées. J'analysai toutes les personnes devant moi, j'étais positionné dans un coin à l'ombre, refusant d'être exposé sous des lumières ridicules. J'analysai... un homme avec une cuisinière, près d'une crédence en bois massif.

Tu surestimes la capacité de mon estomac...

Je... je suis désolée, vous n'aimez pas la viande ?

Si, je l'adore, et je te demande de me tutoyer. Le problème vient de la quantité.

Vous... Tu en veux davantage ?

Je ne suis pas un de ces gros types affublés d'armes qui passent leur journée à bomber le torse devant toi. Je serais incapable d'avaler ne serait-ce que la moitié de cette portion.

Vous... Tu veux une autre assiette ?

Je poussai un soupire... J'avais sensiblement le même âge que cette femme mais un monde pouvait nous séparer. Jamais, même enfant, je ne m'étais montrée aussi délicate et aussi fragile. J'avais toujours veillé à ne pas dépendre de personne, acceptant les dangers et la solitude que cela impliquait, voire les recherchant, la cuisinière exposait sans embarras sa vulnérabilité. J'attisai ainsi, sans en avoir vraiment conscience, les pulsions protectrices de ceux qui m'entouraient. Je dévisageai les hommes et les femmes assis autour de multiples tables, regroupés par affinité et occupés à manger ou à discuter. Rien à voir avec l'harmonieuse sensation de complémentarité qui baignait à Lamia Scale. Je repérai, assis un l'écart, la jeune femme que j'avais abattu dernièrement, tout en mangeant en silence et en portant sur l'assemblée un regard vigilant. Je me méfiai d'elle, ce qui compliquait notablement la situation...



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Johanna Célès
RoseaRosea

Johanna Célès

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MessageSujet: Re: Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]   Une méditation réfléchie... [Johanna Célès] EmptyLun 17 Mar - 18:05













Un cercle vicieux.
« JOHANNA CÉLÈS »




La journée avait été chaude et je goûtai la fraîcheur apportée par la tombée du soir. Lamia Scale devait la goûter aussi. Je n'avais pas renâclé mon combat avec l'autre femme, je lui avais d'ailleurs bien sellée pour une escapade vespérale. Je m'étais levée filant d'une démarche lente vers la sortie lorsqu'une main me barra le visage, sans répit.

Je... m'excuse.

J'avais même pas eu le temps de regarder le visage de la personne qui s'était adressée à moi. Je basculai sa main vers le côté et je l'ignorai en passant mon chemin. Je m'étais arrêtée près d'une petite cascade se déversant dans un bassin rocheux pour nettoyer mes vêtements et pendant qu'ils séchaient, accrochés à une branche, je m'étais baignée puis avais lavé mes cheveux roses. Je m'étais ensuite étendue sur une dalle plate, me réchauffant aux derniers rayons du soleil couchant. Là, ma peau hâlée nimbée d'or, je regardai mon épée. Je l'avais ouvertement retiré de son étui. Son éclat ne ternissait jamais et son tranchant demeurait parfait quel que soit l'usage que j'en faisais. C'est en cherchant des réponses à certaines questions que je revins vers mon campement. Un cri s'éleva sur ma gauche. Faible et indubitablement féminin. Attentive à ne pas faire craquer de branches, je me glissai entre les arbres. Une clairière s'ouvrait à proximité de la piste. Un homme massif, un guerrier, avait jeté une femme dans l'herbe et, pendant qu'il la maintenait clouée au sol d'une main, de l'autre il déchirait ses vêtements. Je reconnu la cuisinière, juste avant de mettre un nom sur l'homme qui la violentait : celui qui l'avait dragué au bar

Lâche-la...

En entendant ma voix, le guerrier sursauta puis, découvrant à qui il avait affaire, il lança d'un ton rogue :

Fiche-nous la paix, nous sommes occupés.

Pétrifiée par l'angoisse, elle me jeta un regard éperdu. Je m'avançai dans la clairière, la main sur l'étui de mon épée.

Lâche-la ou...

Ou quoi, servante ?

Ou je te tue.

Aucune hésitation dans ma voix mais une résolution sans failles et une promesse catégorique. Il avait sûrement survécu à trop de rixes et de batailles pour ne pas déceler la menace que je représentais. Malgré son envie d'achever ce qu'il avait si bien commencé, il ne pouvait pas se permettre de rester allongé, à ma merci. Avec un grognement de colère, il se leva. L'aubergiste en profita pour s'enfuir en trébuchant. Elle n'avait pas effectué trois pas que déjà, cet homme se ruait sur moi. Une seconde pour flanquer le revers que je méritais, dix pour rattraper la petite cuisinière, un temps de plaisir avec elle et il ficherait le camp. Son poing, balancé de toutes ses forces, ne fit qu'effleurer mon visage. Non, il ne m'effleura même pas. Il m'avait ratée. Complètement ratée. Je posais la main sur mon poignet. Au moment exact où son élan l'entraînait en avant. Je me contentai de l'accompagner, accentuant son déséquilibre afin qu'il trébuche, bascule, s'effondre la tête la première dans un buisson épineux. Lamentable... Il se dressa en poussant un rugissement, bondit en avant. Voulut bondir, plutôt. Une main de fer s'était refermée sur son épaule, lui broyant muscles et os. Il se sentit soulevé comme s'il n'avait rien pesé.

Il s'envola pour s'écraser une deuxième fois dans le buisson épineux. Lorsqu'il s'en extirpa, un homme colossal était planté devant lui, les traits tordus par la colère.

Où te crois-tu, cancrelat scrofuleux ? À quelle espèce de dépravés appartiens-tu pour t'en prendre à une fille ?

Il semblait être chef de ce "guerrier". Il pouvait offrir des excuses plates, en jurant de s'amender, il avait une chance de s'en tirer sans trop de dégâts, mais son amour-propre en miettes, mon visage lacéré et mon regard le poussèrent à la faute. Il dégaina le sabre qu'il portait derrière ses épaules et, dans le même mouvement, passa à l'attaque. C'était un guerrier accompli, sans scrupules, Sa lame fendit l'air, rapide et mortellement précise. L'homme qui était venu ne se donna pas la peine de tirer son arme. Il se décala sur le côté d'un pas presque négligent et abattit son poing gauche, énorme, sur l'avant-bras de son adversaire. Claquement sec, le sabre tomba au sol, le belliqueux ouvrit la bouche pour pousser un cri de douleur. Le poing droit de son antagoniste s'écrasant sur son visage lui en ôta la possibilité. Le nez explosé, les dents en vrac dans al bouche, il n'eut pas l'opportunité de s'effondrer. Son chef l'avait saisi au collet et soulevé de terre. Sans le moindre effort.

Je compte jusqu'à dix et si à dix tu es encore en vue, je te tue.

Plus effrayant que le hurlement d'un brûleur. Cette fois, cet homme était vraiment en colère. Sa voix n'avait été qu'un murmure. Je poussai un sifflement admiratif tandis que l'écorché filait dans les bois titubant comme un cadavre en lévitation.

Pas mal, un peu primaire mais efficace.

Il me renvoya un regard énigmatique...

Suis-moi. Il faut qu'on parle.

Je ne bougeai pas.

Si vous voulez me parler, parlez-moi. Je ne vois pas pourquoi je devrais vous suivre pour vous écouter.

Il soupira.

Es-tu obligée de toujours ergoter ?

Ergoter est un mort trop difficile pour qu'un homme comme vous l'utilise sans risque.

Très bien. Si tu exiges que je me comporte comme un homme basique, je peux t'accorder ce plaisir mais ça va te faire drôle.

Hm ?

Je commence par te filer une beigne pour que tu la fermes, ensuite je te charge sur une épaule, je t'emmène là où j'ai envie, je te file une beigne pour te réveiller et on cause..

J'affichai aucune trace d'émotion.

Quelle délicatesse. Dois-je en conclure que vous êtes civilisé ?

D'abord arrête de croire que le monde est peuplé d'être bons et généreux, cela se remarque sur ton visage machiavélique. Ensuite te rendre compte que les journées qui s'écoulent, les gens que tu rencontres, les expériences auxquelles tu es confrontée forment ce qu'on appelle une vie. Ta vie. Et des vies, tu n'en vivras qu'une. C'est à toi de la prendre en main, de lui donner les couleurs que tu aimes et la direction dont tu rêves. À toi et à personne d'autre.

Il suffit. Cessez vos propos. Qui êtes-vous pour juger la vie dont je vis ? Vous ne me connaissez même pas ! Vous arrivez de nul part...

Je suis donc inconnu à tes yeux...

Les guerriers comme vous n'éprouvent que du mépris. Je ne vois en vous qu'un guerrier stupide tout juste bon à se faire hacher menu sur un champ de bataille. J'exprime mieux ma vie avec mon épée qu'avec des mots, cela ne m'empêche pas de réfléchir, d'observer les choses et les gens. On me jauge souvent, me soupèse, me dévore du regard car je suis une femme Maître d'une Guilde, de ma Guilde. Lorsque je vous tournerai le dos, vous ne serrez qu'un simple individu.

Je lui tournai le dos... Je vagabondai autre part. Je me masquai dans l'ombre de la nuit...





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MessageSujet: Re: Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]   Une méditation réfléchie... [Johanna Célès] EmptyMer 19 Mar - 14:22













Un nouveau destin ?
« JOHANNA CÉLÈS »




Lorsque le jour se leva, je parcourais, je courais les territoires de Garoth afin de méditer toujours sur mon comportement, mon nouveau comportement... Pendant la première moitié de la nuit, j'étais stupéfaite, j'avais constaté l'incroyable réserve d'énergie et d'endurance que je possédai. Ma foulée s'était allongée. La deuxième moitié de la nuit avait vu naître une nouvelle inquiétude. J'avais dû ralentir suite à la piste qui était devenue rocailleuse. Par bonheur, les intersections étaient rares. Aux premières lueurs de l'aube, alors que la fatigue menaçait de m'écraser, je m'étais accordé quelques minutes de repos. Effondrés dans l'herbe, j'avais plongé mon visage dans de l'eau fraîche d'un ruisseau, bu sans parvenir à calmer le feu qui brûlait dans ma gorge puis, par un suprême effort de volonté et alors que mon corps criait grâce, je m'étais levé pour reprendre mon chemin vers un renouveau. Je courais, fine et élancée, tout en souplesse et en un implacable déploiement de puissance contenue. La sueur ruisselait sur mon visage et mon souffle avait pris une tonalité rauque qui traduisait mon épuisement. Je courais comme si une force plus puissante que la fatigue m'avait pousser en avant. Comme si j'avais été capable de courir ainsi pendant des jours et des jours. Sans jamais m'arrêter. Je m'arrêtai pourtant. La piste avait quitté le plateau pour basculer dans une vallée à la végétation touffue. En passant à proximité d'un ruisseau, elle s'élargissait et formait une aire vaste et dégagée. L'herbe y était piétinée et au centre d'un foyer formé de pierres sombres, des volutes de fumée argentée s'élevaient des braises d'un feu mal éteint.

Le souffle court, je m'étais accroupi pour examiner les excréments laissés par un cheval. Lorsque je me redressai, un sourire barrait mon visage, transcendant mon épuisement. Moins d'un quart d'heure... Je pris le temps d'observer traces et empreintes. Difficile à évaluer leurs nombres avec précision. Je dirais une vingtaine... J'avais ensuite pivoté et scrutais la lisière du bois proche. Je n'eus pas le temps de m'éloigner. Les fourrés se déchirèrent et six individus dépenaillés fondirent sur moi en vociférant. Sales, les cheveux long, le visage mangé par une barbe hirsute, ils brandissaient qui a un sabre ébréché, qui une épée sinueuse, qui encore un large cimeterre. Leur attaque, aussi violente qu'inattendue, ne s'appuyait sur aucune stratégie mais n'en était pas moins mortellement dangereuse. Gestes rodés par l'habitude, je saisis mon épée dans ma main droite. Mon arme aurait requis la force des deux bras d'un guerrier solide, mais moi, je la maniais comme si elle n'avait rien pesé. En poussant un léger soupire, je me ramassai pour bondir. Me figea... Deux hommes venaient de s'effondrer, un poignard fiché jusqu'à la garde dans la poitrine. Un coup d’œil sur le côté... Je tirais une lame de la ceinture de l'ennemi et je me mettais en mouvement. J'avais pu ajuster mon double lancer avec une précision extrême. Deux pillards étaient sur moi, armes brandies au-dessus de leur tête. Un combattant moins chevronné que moi aurait tenté une parade, peut-être reculé d'un pas pour reprendre ses distances, sans doute paniqué. Je me contentai de poser un genou à terre. J'ouvris les bras en grand... Frappa. Les ventres ouverts jusqu'à la colonne vertébrale, les pillards s'écroulèrent... Je dégageai mes armes, me redressai. J'avais lancé, en enchaînement, la lame volée, stoppant net la course d'un pillard. Un homme bondit sur moi pour se... figer une deuxième fois. Je m'étais glissée avec la vivacité d'un serpent sous la lame qui aurait dû me décapiter. Le tranchant de ma main gauche s'abattit sur la pomme d'Adam de mon adversaire, mon poing droit percuta son plexus solaire tandis que mon genou, remonté avec force, lui emboutissait l'entrejambe. Le pillard poussa un unique grognement et s'effondra pour ne plus bouger. Le combat avait duré moins d'une minute... Mais pourquoi, depuis que je suis arrivée, il y a toujours des risques, des dangers ?... Sauver des vies ou... se sauver.

Je récupérai quelques lames en m'efforçant de ne pas regarder le visage des hommes que j'avais tués. Je n'avais fait que défendre ma vie, une vie que les pillards n'auraient pas hésité à me voler. Un homme s'approcha dans l'obscurité en applaudissement ironiquement...

Bravo, Johanna Célès... Ha... Ha... Ha... Vous avez réussi l'échec... Après avoir combattu quatre violeurs, une femme que vous avez fièrement abattue, vous avez réussi aussi à faire fuir un autre violeur en sauvant la vie d'une simple cuisinière, une rencontre avec un individu et ainsi à tuer six de mes soldats... Je vous en félicite. Vous n'êtes pas la Bienvenue ici, vous l'avez deviner, Maître de Lamia Scale...

Je ne cherche pas à être aimer, peu importe que vous me détestiez ou pas... Dois-je m'agenouiller devant vous afin de réclamer une autorisation pour marcher sur votre territoire ? Et comment savez-vous mon parcours ici ? M'espionnez-vous ? Êtes-vous le propriétaire du massacre que vous avez obliger à commettre ?

Que VOUS avez commis, Johanna... ! Pour un Maître de Guilde, c'est assez désobéissant, vous ne trouvez pas ?

Vous forcez vos forces à me traquer.

Mais vous avez tué...

Pas étonnant qu'il ait été si efficace pour savoir le chemin que j'empruntais, de savoir où j'allais, de savoir m'espionner aux bons endroits... Je fermai les poings. La gorge nouée par l'émotion d'être bientôt dénoncée, je me tournai vers lui, complètement, oui, complètement... Rage. Luciférienne. Les roseaux pouvaient se déchirer dans mon dos. Il surgit ainsi en vociférant et se jeta sur moi. En toute autre occasion, je l'aurai entendu arriver et me serai certainement tirée d'affaire sans trop de difficultés. En toute autre occasion. L'esprit occupé par l'étrangeté de ce que je venais de vivre, les nouveaux réflexes d'une nouvelle femme, mes nouvelles mécaniques émoussés par une semaine de prostration, je ne réagi pas. Plaquée au sol avec brutalité, bras et jambes immobilisés, je vis le visage répugnant descendre vers le mien. Barbe miteuse, chicot noirâtres, regard torve, haleine fétide... J'arquai les reins pour me débattre en vain de celui qui me tenait.

Alors, on cherche l'aventure ?... Hahaha...

Lâchez-moi !

Un éclat de rire accueillit son ordre ridicule. Son visage goguenards, avides me dévisageait. Un frisson nauséeux me parcourut lorsque je senti des mains inquisitrices se poser sur mon corps, s'immiscer sous ma tunique. Un grognement sauvage couvrit le son de ma voix.

Lâch... MIRAI TEKINA !!

De multiples lames apparurent derrière l'homme et un bruit strident s'abattit. Perforer... Le futur l'a emporté dans une mort douloureuse, son visage pâle, ensanglanté, timbra ma tunique. Un coup de pied fulgurant traversa le bustier de l'ennemi. Lucifer... Ai-je hérité de ton caractère... Je masquai ensuite les traces grâce à l'Arc of Time, dissimulant ainsi toutes les traces suffisantes pour prouver une pièce de crime. Essoufflée de cette longue journée... Je repartais dans l'optique d'avoir véritablement changé de caractère... Méditer... Il était impossible de revenir cette femme machiavélique. Impossible... !


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Une méditation réfléchie... [Johanna Célès]

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