Fermer le menu
Ouvrir le menu

Navigation














Partagez | 

 Une journée en captivité [PV: Arric Jesmetine]

AuteurMessage
Alowin Ronslay
Mage d'Oracion SéisMage d'Oracion Séis

avatar

Messages : 450
Date d'inscription : 02/05/2012
Âge : 23
Guilde : Oracion Séis
Magie / Malédiction / CS : Sakkaku no Maho / Magie de l'illusion
Magie / CS Secondaire : Nightmare Eyes

- Caractéristiques du Mage -
P.M.: 6.000
Statut: Mage de Rang S
Renommée : Mage Illustre
MessageSujet: Une journée en captivité [PV: Arric Jesmetine]   Sam 5 Mar - 20:00



Des ombres dansaient sur les murs froids et irréguliers de ce qui semblait être une grotte. Dans un coin de la pièce, un âtre mourant tentait de combattre de ses dernières forces la fraicheur qui guettait non loin. La pièce n’avait pour seul mobilier qu’une table et une chaise située près du feu et deux fauteuils en bois au milieu de la pièce. Sur l’un d’entre eux se trouvait une jeune femme, visiblement endormie, bien droite, les deux bras posés sur les accoudoirs. Sa tenue n’était pas des plus chaudes et devrait difficilement la protéger du froid qui n’allait pas tarder à envahir la pièce. Elle ne portait en effet qu’une simple culotte et un t-shirt des plus courts. Sur l’autre chaise se tenait un jeune homme aux cheveux rouges. Il portait une tenue blanche et bleue, comportant une croix bleue brodée au niveau de son torse. Sa tête était penchée vers l’arrière, les bras ballant dans le vide, avachi sur son fauteuil. Ce dernier devait également avoir rejoint Morphée. Le vent s’engouffra violemment, mettant à mal le foyer dont la lueur diminua un instant. Une silhouette apparue, masquant les rayons de lune qui provenaient de l’extérieur. Elle s’approcha lentement des dernières flammes et y déposa des buches permettant à celles-ci de repartir de plus belle, projetant toute leur lumière sur la roche qui se para d’un rouge sombre.

Plus tôt. Alowin se trouvait sur le navire qui l’emportait au loin de Gehenna. La première confrontation entre les forces de l’ordre et l’Alliance Baram s’était soldée par la défaite retentissante du Conseil. Les prisonniers avaient été libérés et les pertes étaient nombreuses du côté de l’Armée Runique. Le Royaume tout entier avait été témoin de la puissance de Baram et de l’échec des stratégies d’Era. Cinq de ses pions avaient d’ailleurs trouvé la mort sous lame de la mage des Oracions et un autre se trouvait ligoté à ses pieds. Arric Jesmetine était son trophée et personne n’avait pu l’empêcher l’emmener. La jeune femme avait les yeux bandés, les mains attachées dans le dos et les pieds ligotés au mat du navire. Les marins avaient jeté un œil envieux sur ses formes mises en évidence par sa tenue, mais Alowin avait d’autres projets pour elle. Bien sûr laisser ces vermines assouvir leurs désirs avec sa prisonnière avait traversé son esprit torturé. Mais cela aurait constitué une facilité dont elle souhaitait s’éloigner. Yuurei savait que la torture psychique lui apporterait bien plus de plaisir que la simple et basse torture physique, même si les deux allaient de pair. Elle voulait néanmoins voir ce qu’il était nécessaire de faire pour briser l’esprit humain et combien de temps celui-ci pouvait s’accrocher.

Celle qui se faisait appeler Yuurei observait avec attention les détails du corps d’Arric. Elle portait de nombreuses cicatrices, preuve qu’elle se battait sans vraiment faire attention à son corps ; une erreur qui lui serait bientôt fatale, que ce soit du fait de l’assassin ou non. Une longue entaille, allant de son bassin au milieu de son dos, promettait d’ailleurs de lui laisser un souvenir indélébile de leur combat. La mage des Oracions ne comptant de plus ne rien faire pour la nettoyer et la panser. Ce serait bien plus drôle ainsi. La jeune femme se demandait d’ailleurs quels pouvaient être les effets d’une douleur systématique sur l’esprit humain. Son regard s’arrêta sur une autre marque. Celle-ci se trouvait en bas de son dos : elle témoignait de son appartenance à Cait Shelter. Arric lui avait donc caché qu’elle était une mage. Pourquoi ne pas avoir cherché à utiliser sa magie pour la mettre en difficulté ? Était-elle trop fière ? Se pensait-elle supérieure de par son statut et les idées qu’elle défendait pour ne pas l’affronter avec toute sa puissance ? Si tel était le cas, ses décisions allaient l’amener à payer le prix fort.

Alors qu’ils voguaient depuis quelques heures, la nuit était d’ailleurs tombée, Arric commença à s’agiter. Alowin était installée plus loin, le dos appuyé au bastingage, lisant ses notes sur la bataille de Gehenna. Elle avait utilisé son lacryma de communication afin de contacter le Marché Noir et s’informer des derniers rapports. Le réseau d’Oracion Seis fonctionnait comme à son habitude, les informations semblaient circuler rapidement, pourtant peu d’éléments avaient encore été rapportés sur les combats. La jeune femme ignorait si des membres de sa guilde avaient trouvé la mort ou si de nouveaux éléments s’étaient révélés. Elle quitta ses pensées en voyant sa prisonnière remuer, signe qu’elle émergeait de son sommeil. Alowin ferma son carnet et rejoignit l’un des matelots. Elle tira une fiole de son manteau qu’elle lui tendit. La lune l’illumina l’espace d’un instant dévoilant une petite étiquette sur laquelle était écrite flacon n°5. Il s’agissait les restes d’une des préparations test qu’elle avait réalisées pour fournir une potion hallucinogène à son Master. Elle l’avait déjà bien entamée, il ne restait guère plus de cinq gorgés dans le flacon. La potion était composée d’un mélange de pollen d’Edelweiss Noire et de fleur de Sauge des Devins. Lorsque quelqu’un en buvait, ne serait-ce qu’une petite gorgée, il était alors plongé dans un état hallucinatoire pendant un laps de temps variable, puis finissait par s’évanouir de peur. La jeune femme l’utilisait surtout pour neutraliser des éléments car cette préparation n’avait aucun intérêt lors d’un interrogatoire.

Son idée de base était simplement de sédater sa prisonnière jusqu’à ce qu’elles aient rejoint le lieu où elle allait pouvoir jouer avec elle. Mais en tendant le flacon elle eut une autre idée : elle voulait savoir si consommer cette décoction pourrait embrouiller la mémoire de sa victime et même créer de faux souvenirs. Si quelqu’un lui parlait et se faisait passer pour elle alors qu’elle été plongé dans cet état hallucinatoire, son cerveau substituerait-il le visage de l’homme au sien ? Elle raconta donc brièvement au matelot ce qui s’était passé sur l’île de Gehenna. Elle lui parla de la confrontation, de la mort puis de la résurrection de la jeune femme. Elle lui donna quelques éléments qui donneraient l’impression qu’il était sur place et qu’il avait combattue contre la mage de Cait Shelter. Puis d’un mouvement de la main, elle lui donna l’ordre d’aller lui faire boire l’ensemble du flacon tout en se faisant passer pour elle. Alowin lui demanda également de la garder le plus longtemps possible dans un état entre délire et réalité. Si son expérience était un succès, alors cela pourrait ouvrir un nouveau champ, jusque-là inconnu, dans la façon de se servir de sa magie.

L’homme rejoignit la jeune femme et lui présenta le flacon comme étant une fiole d’eau. Il attendit que la jeune femme ait bien avalé l’ensemble du liquide et que le poison ait commencé à faire effet, puis il se mit à parler. Il lui raconta qu’il était étonné que la jeune femme ne se soit pas servie de sa magie lors de leur combat. Appuya un coup sur la balafre dans le dos de la jeune femme, se félicitant de lui avoir infligé une telle blessure. Il raconta également comment il avait tué les cinq autres soldats avant de repartir prendre le bateau. Pendant ce temps, la mage des Oracions écrivait quelques notes sur son carnet, posant ses hypothèses afin de les barrer ou non par la suite. Arric finit par s’évanouir à nouveau et chacun pu reprendre ses activités.

Ils accostèrent en fin de matinée à l’orée de la forêt des Waas. Le voyage avait été calme et elle serait bientôt installée avec sa victime. Elle portait Arric sur son dos, la tirant d’une main pour la garder en équilibre. De l’autre elle tenait les deux lames de la mage de Cait Shelter, une idée sur leur utilité lui étaient venue pendant la nuit. Quelques jours plus tôt, l’assassin avait repéré une grotte non loin de la plage. Néanmoins avec un poids mort sur de dos comme Arric, il lui fallut presque toute l’après-midi pour l’atteindre. La luminosité était maintenant très basse, on distinguait encore difficilement le mobilier présent dans la grotte. Alowin posa sa prisonnière sur un fauteuil qui trainait et l’y accrocha. Ses poignets furent sanglés aux accoudoirs et ses jambes liées aux pieds. Bien que la grotte soit balayée par les vents, une odeur de fer se faisait sentir. L’assassin tira un autre fauteuil qui semblait assez lourd et le plaça aux côtés de la jeune femme. Elle s’approcha ensuite d’un espace qui devait servir d’âtre et alluma les restes d’un feu afin de réchauffer leur abris. Jetant un œil à sa prisonnière, elle se dit qu’elle avait encore le temps de chercher du bois pour alimenter le feu. Car lorsque la jeune femme reprendrait conscience, la mage des Oracions n’aurait plus une minute à perdre.

Revenant les bras chargés de bois, celle qui se faisait appeler Yuurei constata que sa victime était toujours endormie. Le feu était presque mort, elle s’empressa donc de le nourrir pour ne pas avoir à tout recommencer. Alors que ce dernier léchait le bois sec, elle s’approcha de la mage de Cait Shelter et appuya fortement sur sa blessure dans l’optique de la réveiller, espérant lui arracher un cri de douleur. C’est à ce moment-là que le feu choisit de reprendre ses forces, éclairant la grotte comme jamais. Sa victime put alors reprendre conscience face à un spectacle des plus macabres. Sur les murs avaient séchés de longues coulées de sang et face à elle se trouvait un homme de l’armée runique. Alowin avait joué avec lui afin d’avoir toutes les informations possibles sur Gehenna. Ses doigts et ses bras portaient des traces d’ecchymoses et des entailles, ses joues avaient pris une couleur violette et sa gorge avait été tranchée d’un mouvement net. Alowin se plaça à côté de l’oreille de la jeune femme et murmura :

Bienvenue en enfer


Arric Jesmetine
SilvermoonSilvermoon

avatar

Messages : 219
Date d'inscription : 25/06/2014
Âge : 29
Guilde : Cait Shelter
Magie / Malédiction / CS : Ice Make

- Caractéristiques du Mage -
P.M.: 6.000
Statut: Mage de Rang S
Renommée : Mage Célèbre
MessageSujet: Re: Une journée en captivité [PV: Arric Jesmetine]   Mer 20 Avr - 5:02

GALÈRE ET BISTOURI.


L’affliction. Tout revenait toujours à l’affliction.


Les yeux d’Arric vacillèrent derrière ses paupières collées par le sang et la poussière. Sa bouche était sèche et sa peau brûlante. Elle soupira doucement en se rendant compte qu’elle était en vie. Sa physiologie essayait de réparer son corps. En prenant des inspirations lentes, elle évalua les messages biologiques que sa chair endommagée lui transmettait. Elle se souvenait d’une entaille lui ayant griffé le dos, et la palpitation qui lui serrait l’endroit du coup l’ayant assommée lui rappellerait de faire plus attention à l’avenir. Respirer lui était laborieux, probablement à cause d’un collapsus pulmonaire, et la sensation engourdie de ses membres pouvait uniquement signifier que son cœur supportait le plus gros de sa circulation sanguine. Elle avait froid et était allongée, en dehors de quoi la Mage ne savait presque rien d’autre. Arric n’était plus dans le bateau, mais sentait tout de même une présence malveillante non loin. Un souterrain ? Non. Le dernier souvenir de la bretteuse était deux lames de tailles inégales et de formes différentes, suivies un instant plus tard d’une douleur brûlante dans son dos. Elle s’était fait taillader, mais jamais avec une telle colère. L’idée paraissait ridicule ; quelle différence pouvait bien faire la façon dont on vous écharpait ? Mais l’épéiste avait éprouvé une haine palpable de la part de cette Mage Noire lorsqu’elle celle-ci l’avait lacérée.

Cette combattante avait haï Arric plus que n’importe qui d’autre dans tout l’univers.

La citadelle était tombée, cela semblait évident, et le corollaire était que la Ice Makeuse se trouvait désormais aux mains de l’ennemi. Arric essaya de se redresser en position assise, mais elle ne put bouger. Ses poignets, ses chevilles, sa taille, sa poitrine et son cou étaient tous fermement pris dans des attaches d’acier et de cuir. Arric tira en grognant, et sentit quelque chose se rompre à l’intérieur d’elle après avoir trop forcé pour arracher ses entraves. Décidant de préserver ses forces, Arric força ses yeux à s’ouvrir, et tourna la tête pour explorer ses environs immédiats. Un plafond voûté de briques noires s’incurvait au-dessus d’elle, et un lumiglobe magique nu se balançait sous une brise froide qui soufflait depuis s droite par une arche basse. L’humidité luisait sur les murs carrelés et les bancs de machines tapies dans l’ombre, supportant des vases d’un vert transparent, sifflants et gargouillants. D’étranges lambeaux de chair flottaient dans chacun d’eux, des choses inconnues qui défiaient toute classification.

Arric sentait l’odeur du sang et de l’ordure, la puanteur des gros animaux et le parfum du métal froid.

La table sur laquelle Arric se trouvait faisait partie d’un arrangement de huit dalles mortuaires semblables, disposées en cercle autour d’une grille d’écoulement crasseuse au centre de la chambre. Sur plusieurs des autres tables étaient posés des corps ouverts, les traces de ce qui ressemblait à des expériences ratées dans le domaine de la transplantation, et un objet de bronze et de chair pendant depuis le centre de la coupole. Sa structure évoquait la fusion horrible de plusieurs automates et d’équipements chirurgicaux, une collection de membres desséchés se terminant par des scalpels, d’appendices de perçage, et de câbles enroulés comme des boucles d’intestins.


- Tu ne devrais pas te débattre, il va t’entendre…

- Qui est-ce ?


Alors que les sens d’Arric revenaient encore un peu plus à la normale, la Mage réalisa qu’une autre des dalles était occupée par quelqu’un de vivant. Même si le corps de son interlocuteur était pour l’essentiel enfermé dans une cage d’attelles qui le couvrait entièrement, l’épéiste devinait que cette voix appartenait à quelqu’un que la bretteuse semblait connaître, ou du moins qui ressurgissait de ses souvenirs.

Ce n’était pas n’importe qui. Elle venait de reconnaître le tatouage sur l’épaule nue de l’autre.


- Tu es un des bandits qui a failli me tuer il y a deux ans.

Malgré la contrainte imposée par la cage, il tressaillit.

- J’en étais un. Mais j’ai failli à ma tâche, et je ne mérite même plus d’être quelqu’un…

- Qui es-tu parmi ta bande de racailles ? Comment es-tu arrivé ici ? Où sommes-nous, d’ailleurs ?

- Tu poses trop de questions. Je ne suis personne. Je devrais être mort. Tu ne devrais pas me parler…

- Tu sais qui je suis, enfoiré. Arric Jesmetine, votre cible survivante. Maintenant, identifies-toi, salopard !


Le scélérat immobilisé ne parla pas, et la Ice Makeuse était sur le point de lui fulminer à nouveau dessus quand elle obtint finalement sa réponse.

- Endrick… Moi et mes compères étions en route pour notre planque après l’assaut raté contre toi…

- Alors comment se fait-il que tu sois ici ?


De nouveau un long silence avant l’explication.

- Nous n’avons jamais atteint notre tanière. Une embuscade. J’ai été pris. Par un spectre obscur…

- Un spectre obscur ? Tu délires, pauvre taré.

- Peut-être bien, mais ça ne l’a pas empêché de fondre sur nous avec ces... "choses" affreuses. Bon sang…


La colère et la culpabilité prêtèrent leur force à Endrick, mais celle-ci fut de courte durée, et sa voix sombra à nouveau dans le silence. Arric regardait en plissant des yeux, à travers le réseau compliqué d’aiguilles d’acier et de barres vissées dans l’os. La chair de ce brigand était couverte d’atroces cicatrices, et la Mage des Glaces vit que ses jambes s’arrêtaient à mi-cuisse. De nombreux tubes avaient été plantés dans ses bras, dans son cou et dans les moignons de ses jambes, et quoi qu’ils pussent bien lui injecter, ce n’était clairement pas des agents antidouleur.

- Est-ce qu’on est dans un sous-sol ?

- Non, mais je préfèrerais n’importe quel endroit à celui-là.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? Où sommes-nous, dans ce cas ?

- Dans l’antre d’un apothicaire complètement dingue… le "Grand Mani-Tout"…


Le niveau de sa voix tombant pour n’être plus qu’un murmure.

- Qui est ce "Grand Mani-Tout" ?

- Un fêlé de la pire espèce. Je me suis rendu compte trop tard que c’est lui qui m’a capturé…

- C’est un Mage ?


Arric ne s’attendait pas à cela, mais celui qui les retenait spécifiquement prisonniers ne faisait apparemment pas de différence. En tant que Mage, il était de son devoir de résister jusqu’au bout et de causer à l’ennemi autant de souci que possible.

- Depuis combien de temps es-tu ici ? Que sais-tu de la disposition des lieux ?

- Rien. Je ne sais rien. Je devrais être mort…


La colère monta à l’intérieur de la combattante.

- Tu as été grièvement blessé, j’en suis consciente. Mais tu n’es pas mort, Endrick. Et malgré que tu sois une crapule, tu continueras de te battre jusqu’à la mort. En renonçant, tu déshonores tes complices, qui sont aussi tes camarades et peut-être tes amis, même si je n’en sais strictement rien. Nous allons trouver un moyen de répliquer, ou bien nous mourrons dans notre tentative. Tu m’as bien entendue ?

- J'ai bien entendu...


Arric se demanda quelles souffrances et quelles tortures ce "Grand Mani-Tout" lui avait infligés pour briser ainsi son esprit combatif. À moins qu’il n’en eût pas de base, ou qu’il le perdit déjà bien avant. Mais les cœurs pouvaient être réparés, le moral et le courage restaurés.

- Nous sommes les fiers enfants de Fiore, Endrick. Notre volonté fera rempart, et nous préviendrons les actes inconsidérés. Nous trouverons un moyen de survivre, ou nous nous en ménagerons un ensemble.

- Quel noble sentiment. Mais bien mal placé. Personne ne peut s’échapper de mon repaire, chère Arric. Pas vivant, tout du moins.


Celui qui avait parlé glissait dans la pièce en silence, sans locomotion apparente. Sa voix était aussi sèche que le bruit d’un serpent rampant sur son ventre. Arric ne l’avait pas entendu approcher, et une exécration primale des choses répugnantes lui fit dresser les poils sur la nuque à la vue de ce "chirurgien" dans sa cape de peaux, parvenu à la hauteur de son torse. L’homme semblait amélioré biologiquement, ce qui ne les faisait ressembler en aucun point entre Arric et son ravisseur. Il était creusé et voûté, en plus de porter une armure étrange à énergie magique néfaste. Une drôle d’unité d’alimentation, installée dessus, était accrochée sur son dos comme un parasite, et des armatures cliquetantes dépassaient par-dessus ses épaules. Plusieurs des tubes à l’apparence organiques s’étaient décrochés de l’appareillage central, et étaient occupés à téter cette création biomécanique, pour aspirer dans sa structure veineuse un ichor noir au parfum immonde. Les lèvres de l’individu s’écartèrent, comme s’il appréciait cette sensation, alors qu’il caressait la poitrine balafrée d’Arric.

- Je suis le "Grand Mani-Tout", et voici ma salle des merveilles.

- Des merveilles ? Plutôt des abominations ! Vous êtes un dément, et je vous mettrais hors course.


Arric crachait ces mots en se débattant une nouvelle fois contre ses entraves. Le "Grand Mani-Tout" se mit à rire, véritablement amusé.

- Tu serais surprise du nombre de fois où j’ai entendu ces mots. Mais tous ceux que je transforme grâce à mes scalpels et mes cauchemars apprennent vite à aimer la souffrance que je leur procure. La souffrance mène au plaisir, et le plaisir peut être une si douce souffrance. Je sais que tu ne comprends pas encore, mais cela viendra bientôt.

Les tubes intestinaux se décrochèrent de l’appareil biomécanique sur le dos de l’apothicaire quand celui-ci partit vers le tour de la salle à pas feutrés. Toison d’Argent le suivit du regard aussi loin que son carcan le lui permettait, mais elle perdit le chirurgien de vue, alors que celui-ci s’affairait dans les ombres sur des appareils faisant résonner du métal sur du verre.

- Le Seigneur de Fer est bien généreux de m’avoir offert ce tribut de chair. Le présent d’un vassal pour son suzerain, en quelque sorte.

Tandis qu’il parlait, plusieurs lumiglobes s’allumèrent spontanément. Arric pouvait maintenant voir dans toute leur horreur les vases de verre vert sur le pourtour de la salle : toute une ménagerie de membres coupés, d’organes prélevés et de têtes préservées. Malgré son état de choc, la taille de ces spécimens indiquait à la jeune femme qu’ils provenaient des corps de divers individus, allant des Mages de Guildes aux Pirates et aux Nobles, en passant par les Criminels. Et les complices d’Endrick… Les marquages qu’elle percevait ne laissaient aucun doute sur l’appartenance des restes morbides.

Savourant le dégoût d’Arric, le "Grand Mani-Tout" décida de donner quelques explications.


- Une de mes petites marottes. Je possède des tissus viables de beaucoup d’individus. Certains m’ont été donnés de plein gré, d’autres… moins. Mais de tous les échantillons de ma collection, les Mages sont ceux avec qui j’ai le plus hâte de parvenir à déverrouiller le potentiel. J’imagine que je patrimoine génétique d’un d’entre vous doit être le plus proche de la source. Et j’ai ma petite idée du candidat idéal.

- Vous n’oseriez pas jouer avec de telles expérimentations.

- Je n’oserais pas ? J’ose ce que tous ont craint de réitérer. J’ai déjà tant appris grâce aux connaissances accumulées, et que je continuerais d’emmagasiner, et à chaque pas je me rapproche un peu plus de perfectionner ce que personne n’aurait jamais commencé en toute ignorance : la création du guerrier ultime.


Arric luttait contre les liens qui la retenaient à la table, mais ceux-ci ne lui laissaient pas la moindre liberté de mouvement.

- Ne gaspille pas tes forces, petite fille.

Le "Grand Mani-Tout" se penchait au-dessus d’elle, amusé, alors qu’une nuée de petites lames surgissait du fourreau de ses gantelets dans un claquement sonore.

- Tu en aura besoin pour hurler.

Et elle hurla, comme promis.

Cela provoqua sa sortie du sinistre songe par un réveil brutal, sans tripes à l’air ni trous sanglants. L’inquiétant décor, Endrick le lâche, et cet odieux dégénéré de "Grand Mani-Tout" avaient disparus. À la place s’offrait, aux yeux d’Arric, un panorama à l’atmosphère glauque, composée d’un mobilier fonctionnel et d’une ambiance pas rassurante. Feu, noirceur, fauteuil, froid, sang, une combinaison non enchanteresse qui la renvoyait aux récents souvenirs antérieurs à sa situation actuelle. Arric se rappelait vaguement du déplacement en bateau, de l’acharnement sur ses blessures, de la fiole contenant soi-disant de l’eau (bien qu’elle ne sache plus si c’en était vraiment ou non), du récit de ce marin prétendument témoin de la bataille sur Gehenna Island, et de l’évanouissement entraîné par un black-out sommaire à cause de silhouettes filant dans la pénombre, aux yeux de braises malfaisants et aux crocs jaunis par la faim qui tenaillait ces formes mouvantes dans un lourd brouillard douteux.

Le cadavre du Chevalier Runique se mêlait, dans l’esprit d’Arric, à la vision du bandit cul-de-jatte, et les trois mots susurrés à son oreille par la Mage Noire se mélangeaient à d’étranges prédications incompréhensibles, lancées par le visage flottant du "Grand Mani-Tout", rendant la menace floue en échos et se dissipant progressivement. Elle revoyait ses instruments de torture, et ses desseins les plus macabres. On aurait pu le prendre pour un boucher au lieu d’un apothicaire, ça aurait été pareil. L’influence oppressante des alentours rendait Arric nerveuse, lui faisant bouger les yeux vivement un peu partout, en quête de dangers potentiels à repérer et de choses sur lesquelles se raccrocher pour ne pas s’angoisser davantage. Et finalement, son regard rencontra le masque de sa ravisseuse.


Il valait mieux la supporter, elle, que ce "dépeceur aliéné".


Une journée en captivité [PV: Arric Jesmetine]

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fairy Tail RPG : Fiore no Oukoku :: 
 :: Fiore Nord :: Forêt de Waas
-