Fermer le menu
Ouvrir le menu

Navigation














Partagez | 

 [SOLO/Terminé] Affronter la hantise.

AuteurMessage
Sly Naether
Mage de Silent NightMage de Silent Night

avatar

Messages : 198
Date d'inscription : 01/12/2012
Âge : 23
Guilde : Silent Night
Magie / Malédiction / CS : Instrumental Magic
Magie / CS Secondaire : Sound Magic

- Caractéristiques du Mage -
P.M.: 2.720
Statut: Mage de Rang B
Renommée : Mage Itinérant
MessageSujet: [SOLO/Terminé] Affronter la hantise.    Ven 13 Sep - 17:11

Le cœur du musicien battait la chamade, alors qu’il n’avait pas encore traversé l’immense portail de la demeure. Paralysé, il observait les lieux avec une nostalgie certaine. Sa pipe à la bouche et sa chemise déchirée par les aléas du voyage, il ressemblait trait pour trait à un marginal s’étant perdu en route. Mais, bien entendu, il n’en était rien. L'habitation se situait aux abords de Magnolia, et le jeune homme redoutait depuis des années d'y retourner un jour...

Le voyageur savait où il allait, et redoutait cette gigantesque habitation comme la peste. Portant sa main à sa poitrine, Sly tenta de réguler la cadence de son souffle désordonné et espérait, par l’intermédiaire de ce geste, vider son esprit de toute forme d’inquiétude. Sa pipe tremblait entre ses doigts fins, tant et si bien que le tabac incandescent manquait de quitter son support pour se répandre sur la pelouse fraîchement entretenue.

Tout se bousculait dans son esprit, de l’agression fortuite du garde à Carmina jusqu’au combat qu’il avait mené auprès de Leolyth jusqu’au vol de sa basse par son petit chaton, les évènements semblaient le contraindre à effectuer de nouveaux choix difficiles. Il ne s’agissait pas là du trac qui précédait une entrée en scène, loin de là, mais bel et bien d’affronter une peur tenaillante dont la source remontait à plusieurs années. De sa poigne hésitante, il porta le bec de l’instrument à lui avant d’en aspirer un mince filet de fumée, qu’il recracha immédiatement sous l’effet de l’angoisse.  Faisant tinter la cloche située près de la porte d’acier, il fit un mouvement contradictoire en déplaçant simultanément la structure qui lui barrait la route.

Un grincement accompagna l’ouverture, et ce bruit qu’il n’avait jamais entendu lui sembla tout bonnement irréel. Cet imposant mur métallique qu’il avait touché toute son enfance lui apparaissait différent, mal entretenu. La rouille s’emparait de sa teinte sombre et dévorait le souvenir que Sly lui avait associé. Sans comprendre pourquoi, il perçut ce son comme un signe de mauvais augure.
L’entretien ne se produirait pas comme il l’avait prévu, à n’en pas douter. Ses lunettes de soleil masquaient un regard d’enfant apeuré, indécis. Il avait pour ainsi dire l’impression de fouler ce chemin de dalles pour la première fois. Sly s’avança machinalement, faisant fi des troubles qui l’assaillaient pour se concentrer sur la suite probable des évènements. La discussion allait s’avérer houleuse.

Le Mage toqua à la porte et, alors qu’il percevait des bas à l’intérieur de la bâtisse, il sentait le malaise monter en lui pour le saisir fermement à la gorge. Il déglutit avec difficulté, se préparant à effectuer son entrée. Son palais était sec, et il tentait vainement de s’humecter les lèvres à l’aide de sa langue. Le loquet se déverrouilla, et un vieil homme se présenta à lui. Sly fut à la fois surpris et rassuré par cette rencontre, malgré l’aspect impassible de l’individu qui lui faisait face. Ce dernier prit la parole, d’une voix usée par le temps et la fatigue.

« Je peux vous aider, mon jeune ami ? »

Otant ses lunettes, Sly dévoila son visage en écartant ses dreads. Un sourire prit la place de la mine défaite du vieillard, qui s’empressa d’étreindre amicalement le garçon en riant de bon cœur. Apparemment, le bassiste avant tant changé qu’il en était devenu méconnaissable. L’ancêtre se recula un peu, les mains sur les épaules de ce nouvel adulte, et il observa un instant le visage du garçon en souriant de plus belle.

« Mon dieu que tu as grandi, Sly. »

L’intéressé se contenta d’un haussement d’épaules et rapporta ses lunettes à son col, suite à quoi son hôte se décala légèrement pour inviter le jeune Mage à entrer dans la maison qui avait autrefois été la sienne. Bien vite, Sly fut débarrassé de sa veste qu’il posa non loin de là, tandis que son ami s’affairait déjà en direction de la cuisine. Reprenant peu à peu ses esprits, l’homme aux dreadlocks s’autorisa même une petite réflexion moqueuse.

« En revanche, nous n’avez pas bougé d’un pouce mon cher Michael ! »

Un éclat de rire lui parvint depuis une autre pièce, et Sly détailla un instant le hall qui était pour ainsi dire, à l’image de Michael. Les tableaux, les meubles, l’horloge du salon. Rien n’avait été déplacé, à croire que sa fortunée de mère avait laissé tomber les achats décoratifs aussi dénués de goût qu’ils étaient chers.

Le vieux majordome hilare retrouva le bassiste en lui amenant un plateau qui comptait thé, café, croissants, et autres sucreries que Sly acceptait volontiers après un tel voyage. Ce faisant, il invita son protégé à s’installer dans le salon pour partager ses aventures autour d’une bonne tasse bien chaude. Validant la proposition d’un signe de tête, il suivit son interlocuteur dans les longs couloirs du bâtiment.  Une question taraudait le Mage, et le silence pesant qui régnait au sein de la demeure ne faisait que titiller davantage son esprit.

« Ambroise n’est pas là ? »

Son guide se figea une seconde, comme par précaution. Il détacha chaque syllabe de sa phrase en marquant des pauses, apparemment confus. Ses mots étaient choisis avec soin, mais Sly distinguait là un certain trouble.

« Non… En réalité, Ambroise nous a quitté après votre départ. En tant que nourrice, elle n’avait plus véritablement d’affectation au sein du domaine Naether. »

« Je vois… »


Michael amena le garçon à table sans ajouter quoi que ce soit, avant de servir amicalement une tasse de café à Sly et de garnir son assiette d’une copieuse portion de pâtisserie. Sly déposa sa pipe sur le bord du cendrier que le vieillard lui tendait, ne se préoccupant pas spécialement de l’éteindre. Sans la moindre cérémonie, le glouton engouffra ce qu’on lui offrait sous le regard bienveillant du majordome. Il avait perdu ses manières depuis bien longtemps déjà, et un retour au bercail ne justifiait pas de les retrouver.

S’essuyant les doigts en tapotant ses mains l’une contre l’autre tout en mâchonnant le gâteau avec appétit, il s’empara de sa boisson qu’il s’enfila sans le moindre regain de politesse. Michael  le fixait toujours, et Sly sut qu’il était temps d’aborder les choses sérieuses. Finissant d’engloutir les gâteries, il prit la parole avec bien plus d’assurance qu’auparavant.

« En fait, je suis pas venu te parler du bon vieux temps. »

« Vraiment ? Et de quoi désires-tu m’entretenir, mon petit ? »

« J’viens pour parler à papa. Et maman aussi, si elle est toujours dans le coin. ‘sont là ? »


Michael esquissa une moue aussi fugace qu’explicite, et plongea son regard bleuté dans le liquide fumant qu’il s’était lui-même servi.  Sly le dévisagea, dans l’espoir d’obtenir une réponse rapide. A cela, il ajouta même un geste circulaire du poignet pour indiquer à son interlocuteur que la demande lui était adressée directement, et qu’il n’allait pas attendre que la nuit tombe pour parvenir au dénouement de cette affaire familiale.

« Non mon garçon, tes parents ne sont pas ici. »

« Ils sont encore allés se fourrer je-ne-sais-où dans Fiore c’est ça ? Pour affaire j’imagine. La bonne blague. »


S’intéressant de nouveau à un petit éclair au chocolat, Sly dirigea ses yeux vers son attention pour ensuite revenir à son ami de toujours. D’une manière générale, Michael était un homme qui mettait toujours un certain temps à s’exprimer, sa sagesse naturelle lui intimant qu’il valait mieux choisir les termes intelligemment. Mais cette-fois ci, il prenait beaucoup de temps. Beaucoup trop, d’ailleurs. Les yeux du vieillard se plissèrent et un sourire triste s’installa sur son faciès. Il hocha horizontalement la tête. Ils n’étaient pas en voyage.

« Michael ?»

Les yeux du concerné se mirent à briller légèrement, juste assez pour que Sly distingue leur humidité. Suite à quoi, le majordome détourna son regard vers la table lustrée à laquelle ils s’étaient installés.  La suite se passait de dialogue.

« C’est pas vrai Michael. Dis-moi que c’est pas… »

La voix du bassiste se perdit dans un sanglot paniqué, et il se releva brusquement en faisant sauvagement racler la chaise qui lui avait servi d’assise. Il resta encore immobile un instant, le teint blafard et l’air absent, avant de frapper lourdement la table de son poing sans crier gare. Le thé de Michael fut éjecté de son contenant, et aspergea le parquet en un mince filet brun. Ce dernier ignora la manœuvre, et s’éclaircit la voix avant de reprendre.

« Ton père s’est laissé mourir, il y a de cela quatorze jours exactement. Tu n’as pas été contacté pour la simple et bonne raison que nous ne sachions pas où tu te trouvais. Je te conseille de t’assoir, je vais devoir te raconter. »

Sly fulminait, certes, mais il devait savoir. Pour l’heure, l’idée que son géniteur ait pu disparaître lui semblait tout bonnement impensable. La colère envahissait son esprit, mais cela n’était que de courte durée. En ravalant partiellement sa rage, le bassiste s’installa face à son interlocuteur qui jaugeait l’étendue des dégâts au sol d’un coup d’œil en coin.

« Après ta fugue, ton père t’a recherché avec le soutien des forces de l’ordre. Personne ne t’a retrouvé, malgré les compétences des hommes dépêchés sur l’affaire. De remord comme de peine, monsieur Naether a délaissé son travail jusqu’à l’abandonner totalement. Ta mère l’a donc quitté, en raison de son inactivité professionnelle.  Cette… femme l’aura donc pompé jusqu’à l’os. Peu à peu, il a perdu de son courage, de son âme dirais-je. A force, son envie de vivre s’est éteinte à tel point que… »

Michael réprima ses larmes, davantage par respect pour son interlocuteur que par estime de lui-même. Il se devait de conter l’histoire jusqu’au bout. Que Sly comprenne, il s’agissait là de son dernier devoir au sein du domaine Naether. Mais trente-cinq ans de service auprès du même employeur, ce n’était pas sans créer des contacts et de l’affection.

« Il a abandonné, Sly. Mais sache une bonne chose, mon garçon. Lorsque Frederik Naether a jeté ton instrument par la porte, il l’a fait pour ton bien et seulement pour ton bien ! Un homme ne… Un père ne se laisse pas disparaître pour un être qu’il ne chérit pas. »

Micheal avait haussé le ton en pointant du doigt Sly. Des reproches, oui, cela se lisait dans le ton employé par le vieillard. De toute sa vie, le bassiste n’avait jamais vu son éternel majordome en proie à un tel chagrin. Cela lui crevait le cœur, mais il se garda bien d’y faire allusion et se contenta d’encaisser. Sa lèvre inférieure tremblait, tant et si bien qu’il la mordit pour la dissimuler. Les yeux du garçon s’abaissèrent vers la moquette, et il écouta le dénouement du discours.

« Ton père n’était pas aussi vil que tu le croyais. Tu réalises Sly ? Pas des jours, pas des mois, mais des années sans la moindre nouvelle ! Rien, pas même une lettre ! Sais-tu ce qu’il a enduré, ce que j’ai enduré lors de ton absence ? »

Sly sentit ses joues rougir sous le poids de ces remarques. Et lorsque Michael se redressa d’un coup afin de débarrasser la table dérangée par son précédent élan de colère, Sly se sentit revenir quinze ans en arrière. Un enfant, il n’était qu’un sale gosse avec de la barbe, rien de plus. Michael semblait profondément frustré, et ses dires décrivaient le comportement de celui qui s’était senti trahi. C’en était trop, désormais, et Sly ne put dissimuler plus longtemps ses pleurs.

Se prenant la tête à deux mains, le jeune Mage posa ses coudes sur la table pour y trouver un appui. Qu’il avait été sot, qu’il avait été sot… Sa vision s’était restreinte aux faits qu’il acceptait d’admettre, et jamais il n’avait envisagé une telle éventualité. Une idée des choses faussée par une pensée manichéenne aussi infantile. Foutredieu, qu’il avait été sot…

Michael s’affaira à ranger aussi vite que possible, laissant à Sly la possibilité d’analyser seul la gravité de ses actes. S’emparant d’un torchon dans la cuisine, le vieillard essuya en silence la tâche de thé qui s’était écoulée entre les lattes du parquet ciré. Suite à quoi, il jeta le tissu imbibé sur la table avant de pousser un long soupir de lassitude. S’approchant tendrement du garçon qui fondait en larmes, il lui frotta la tête sans ajouter quoi que ce soit.

« Je suis désolé. Papa, je suis désolé… »

Les mots s’étaient échappés, et la vérité avait éclaté par la même occasion. La rancœur quant à elle, avait laissé place à une tourmente bien plus viscérale et profonde.

« Si je suis encore là, c’est pour régler les dernières affaires et signer des papiers. L’enterrement a déjà eu lieu. Mais légalement, la fortune Naether t’appartient désormais. »

« Garde-la. »

Un court silence s’installa. Michael semblait ne pas en croire ses oreilles et fixait Sly avec une évidente surprise. Il reprit, haussant les sourcils en s’exprimant.

« Je te demande pardon ? »

« Garde ce foutu argent, j’en veux pas et j’en ai jamais voulu Michael ! »

« Tu n’y penses pas. Sly voyons, réfléchis ! C’est l’héritage de ton père ! »


Le ton s’élevait progressivement au sein des deux partis, jusqu’à ce que Sly laisse couler les dernières larmes salées qu’il portait en lui. Il se redressa pour faire face à son interlocuteur, le dévisageant sans prendre la peine d’essuyer son visage humide.

« Tu… Tu crois que c’est aussi simple ? Je me barre de la maison, je laisse mon père crever et je reviens pour amasser le pactole ? Tu crois vraiment que c’est le genre de choses dont j’ai envie ? Garde ces foutus jewels je te dis ! »

Sly quitta la table brusquement, se saisissant de ses lunettes qu’il déploya en un éclair pour ensuite revenir à l’entrée, Michael sur ses traces. Le majordome tentait de le raisonner, lui rappelant sans cesse qu’il s’agissait là d’un bien familial, le dernier cadeau de son géniteur. Toutes ces choses que le bassiste furibond préférait ignorer, purement et simplement.

« Tu fais une erreur, mon garçon. Une grosse erreur ! »

Le mélomane récupéra ses affaires en reniflant, avant de faire subitement volte-face en pointant du doigt son ancien majordome et plus proche parent encore en vie. Bien entendu, il n’aurait jamais ajouté sa mère à l’équation. Comme quoi, il ne lui avait pas suffi de perdre son père pour comprendre que tout n’était pas blanc ou noir…

« La ferme, Michael. Ca fait des années que je vis dans l’erreur, et c’est la première bonne décision que je prends depuis un moment. Alors tu vas me lâcher la grappe et tu vas accepter l’argent que je t’offre. Vois ça comme un remerciement pour t’être occupé de moi comme tu l’as fait, au lieu de baragouiner des singeries. Tu vas pas me refiler un fric que je mérite pas, c’est compris ? »

Nouvel éclat de voix, et Sly retourna à la cuisine pour récupérer sa pipe encore chaude, qu’il fourra dans sa bouche en la tenant fermement entre ses dents avant de revenir au hall. Michael était toujours là, entre lui et la porte, à afficher une mine mêlant doute et incompréhension.

« Sly, fais-moi le plaisir de m’écouter une seconde. »

« Non, je t’ai déjà écouté suffisamment et tu sais quoi ? J’aurais préféré que ne pas avoir entendu ce que t’avais à me dire. J’aurai pas dû rev…»


Une main vint fendre l’air, et claqua bruyamment contre la joue du Mage. Ce dernier s’interrompit brusquement, apparemment sonné par la baffe qu’il venait de recevoir. En silence, le bassiste posa ses doigts sur la poignée de porte, et Michael vint s’interposer en agrippant son bras pour l’arrêter. L’emprise était faible, Sly n’était plus haut comme trois pommes et plus personne ne l’impressionnait. Pour l’instant, il se retenait tout juste de riposter par une gifle d’un tout autre registre sur l’échelle de violence.

« Lâche-moi, maintenant. »

« Tu t’assois, tu te calmes, tu écoutes. »

« Lâche… Moi. Je ne le répéterai pas. »


Une pulsation sonore émana alors de la main libre du musicien, et l’effet de surprise fut assez cinglant pour que Michael se recule par réflexe. Tant mieux car, dans un tel état de nerf, Sly ne répondait plus réellement de ses actes malgré le respect qu’il éprouvait pour son ancien ami. Le mélomane ouvrit la porte, contempla le jardin toujours bien entretenu, et il se remémora le visage de son père.

Descendant lentement les marches pour atteindre le palier sous la surveillance d’un Michael désœuvré et posté dans l’encadrement, Sly ralluma sa pipe avant d’entamer la marche. Tout n’était pas blanc, tout n’était pas noir. Il hurla de rage, afin d’évacuer cette accumulation d’émotions, mais il n’y avait personne pour l’entendre.

[SOLO/Terminé] Affronter la hantise.

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fairy Tail RPG : Fiore no Oukoku :: 
 :: Fiore Est :: Magnolia
-